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Le 15 mai 2008 par Éric Simard

Les années

Il y a de ces livres dont on ne voit pas du tout venir les effets.

Quand j'ai commencé la lecture du dernier Annie Ernaux, j'étais loin d'être convaincu de son entreprise. Je trouvais ça trop descriptif et répétitif. Elle défilait les années de son parcours de vie à une vitesse grand V sans prendre le temps d'installer une ambiance intimiste.

Par contre, je trouvais vraiment intéressant le fait qu'elle ne racontait pas sa vie en utilisant l'autofiction comme elle a toujours eu l'habitude de faire dans ses livres. Alors que le je aurait été de mise, elle nous sert un elle sous lequel se cache un nous collectif que Pauline Marois ne renierait pas.

Et là, mine de rien, ça part. On voit alors défiler les années 40, 50, 60, 70 et ainsi de suite jusqu'à maintenant. Annie Ernaux nous met sous le nez les grands et les petits événements sociaux des 70 dernières années. Elle reste discrète sur sa vie privée. Le ton qu'elle utilise est indescriptible. C'est en fait le regard d'un être humain sur la vie qui passe. Et c'est là que tout prend son sens à mesure qu'on avance dans le temps. Quand on traverse notre espace/temps, bonjour l'émotion!

Annie Ernaux nous livre un magistral exercice littéraire qui redéfinie le genre biographique. Les années, c'est l'oeuvre d'une vie dans tous les sens du terme.

Commentaires

J'ai adoré. C'est un grand livre qui réinvente l'autobiographie. On se demande ce qu'elle pourra écrire après ça.

Tu tombes encore dans ma talle ! selon l'expression de ma mère lorsqu'elle allait aux bleuets. C'est tout à fait mon genre de livre où tu revis l'histoire mine de rien. J'ai aimé l'expression utilisée ; une biographie impersonnelle ! Assez paradoxal merci !

Cela me fait le même effet avec les 900 pages de lettres de Gabrielle Roy à son mari. Je revis sous ses yeux puisqu'elle a séjourné dans plusieurs coins du Canada.

Il est sur ma liste. Je ne connais pas du tout cette femme et après avoir lu un article sur elle, j'ai tout de suite eu envie de la découvrir... Les commentaires lus ici ne font qu'ajouter à mon empressement!

J'hésitais à lire ce livre, mais ce que tu en dis me pousse à en savoir plus !!

Je n'ai lu d'elle que "Passion simple" et ce, d'un trait. "Les années" me tentent beaucoup, c'est vrai.

Ton commentaire ne fait que me convaincre encore plus... mais où vais-je trouver le temps pour ça?

Bonjour, je confirme que ce livre roman/récit est exceptionnel : on ne peut que se reconnaître. C'est digne de la madeleine de Proust. A Ernaux a fait un travail sur la mémoire, les souvenirs et sur les témoignages (peut-être). Et sur le travail d'archives tout simplement.

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Éric Simard est actuellement responsable de la promotion pour les éditions du Septentrion. Il a été libraire pendant plus de quinze ans. Par le passé, il a également travaillé pour une compagnie de disque, une maison d'édition et pour une compagnie de théâtre. Il en est à sa cinquième année à la barre de l'émission littéraire Encrage, diffusée sur les ondes de CKRL à Québec. Il a fait des chroniques littéraires à la télé de Radio-Canada et à TVA ainsi que dans le journal Le libraire pendant cinq ans. Il a deux romans à son actif Cher Émile (Hamac) et Martel en tête - titre épuisé (Intouchables). Il a été scénariste pour la populaire émission jeunesse Macaroni tout garni.

Ouvrage de cet auteur publié au Septentrion

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