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Histoire de pêche

Des groupes environnementaux ont inspiré la publication d’un nouveau guide de consommation du poisson. Ce guide classe les poissons en trois catégories, vert, jaune, rouge, selon qu’ils sont agréés, douteux ou proscrits (www.seachoice.org). Les consommateurs y sont invités à s’interroger sur la qualité du poisson qu’ils achètent mais aussi sur les « circonstances » de sa capture. Il ne suffit plus de poser des questions sur la fraîcheur du poisson, sa « nationalité » ou son profil (cultivé ou sauvage ?); encore faut-il savoir s’il a été pêché « dans les règles de l’art », s’il fait partie d’un stock bien géré ou s’il est menacé de disparition.
Un exemple. L’aiglefin est un bon choix s’il est pris à la palangre de fond au Canada mais douteux s’il est capturé de la même manière aux États-Unis, et à éviter quand il est pris au chalut. « Votre morue, a-t-elle été prise à la palangre, au chalut, dans un casier ou à la turlutte ? Et votre truite est-elle cultivée ou pêchée à la claque*? ». On n’est pas loin d’une nouvelle version du commerce équitable : le poisson a-t-il eu une chance face au pêcheur ?
Blague à part, on peut se demander si les commis de poissonnerie et les maîtres d’hôtel auront des réponses crédibles. Les promoteurs du guide espèrent que les questions des consommateurs finiront par sonner les cloches aux gouvernements dont c’est la responsabilité de contrer la « surpêche » et l’importation d’aliments impropres à la consommation. Et non celle des consommateurs.
* Truc de pêche bien connu (?) : le pêcheur tient un ver à quelques pouces de l’eau et, quand la truite saute pour le manger, il la projette dans sa chaloupe du plat de la main (et du revers si elle sont nombreuses). Méthode certifiée équitable, écologique et durable…

De bonnes adresses en France

De retour d’un séjour en France, j’ai cru utile de vous faire part de quelques bonnes adresses découvertes lors de mes trois derniers voyages. On ne parlera pas des choix moins avisés, car il y en a eu, malgré toutes les précautions prises dans la préparation de ces voyages. Il est quand même difficile de deviner que la belle gentilhommière campagnarde du XVe siècle peut subir les odeurs de la porcherie voisine lorsque le vent souffle sud-ouest…
Les trois établissements dont il sera question ici conviendront aux touristes motorisés qui cherchent des gîtes offrant confort et tranquillité, petits déjeuners copieux et table d’hôtes (sauf certains jours). On y trouve des champs, des moulins et des fleurs mais ce ne sont évidemment pas les Champs-Élysées, Moulin rouge et le Café de Flore.
En Charente, Clos de la Garenne
Le Clos de la Garenne, à Puyravault (près de Surgères) offre le gîte et le couvert dans un hameau dont l’origine remonte au temps des Gaulois. À quelques kilomètres du marais poitevin, à vingt minutes de La Rochelle, de l’île de Ré ou de Rochefort, à proximité de Brouage et de Saintes, cet établissement permet de découvrir les richesses patrimoniales de la Charente le jour et de se retrouver en bonne compagnie autour de la table commune le soir … sans se soucier du taux d’alcoolémie du conducteur. Grandes chambres confortables (douche et bain) donnant sur le parc, déjeuners plantureux, repas du soir bien équilibrés servis dans la salle à manger ou sous le préau, tout ce que le site Internet de ce gîte (http://www.closdelagarenne.com) annonce est là, y compris les ânes et les moutons.
Le site ne dit pas cependant que les propriétaires sont des « François » (c’est leur nom) sympathiques qui aiment leur Charente et la connaissent intimement. Madame François est une source d’information inestimable pour le voyageur: ce qu’elle ne sait pas au souper, elle saura le trouver dans sa documentation ou sur Internet et vous l’offrir au déjeuner avec les oeufs de ses poules et sa douzaine de confitures maison. Au besoin, elle y invitera l’historien local, monsieur Grassiot, pour vous parler d’une célébrité locale, Ozanne Achon, qui aurait travaillé au Clos de la Garenne avant d’émigrer en Amérique pour épouser Pierre Tremblay et s’installer dans l’arbre généalogique d’innombrables Québécois.
En Bretagne, Ar Baradoz Bihan
Dans la région de Brest, il faut se loger au Baradoz Bihan, au « petit paradis », une maison du XVIIe siècle située sur la rue principale de Daoulas, à deux pas de l’abbaye du même nom (cloître roman unique en Bretagne, jardin de plantes médicinales et parc). La photographie de la maison qu’on trouve sur le site (http://www.membres.lycos.fr/baradozbihan) n’était pas très explicite mais on a compris, une fois sur les lieux, que la largeur de la rue ne permettait pas de prendre un meilleur angle. Derrière une façade austère, on découvre un intérieur restauré avec goût, meublé avec élégance et habité par un charmant couple de professeurs d’anglais! Monsieur Péron est un Breton de souche qui partage mon intérêt pour les boites rondes de single malt (et leur contenu); son épouse Élisabeth se passionne pour la généalogie, l’histoire et les richesses patrimoniales de sa Bretagne d’adoption. Ses conseils de tourisme étaient particulièrement avisés: nous avons ignoré Brest pour consacrer une partie de notre bref séjour à la découverte des enclos paroissiaux, attraits typiques de la Bretagne, si on aime évidemment les églises et les cimetières.
En Provence, le Mas de la Christine
C’est au bout d’un chemin de campagne, là où le GPS perd la carte, un peu à l’ouest de Maillane, qu’on trouve le Mas de la Christine, une grande maison entièrement restaurée qui compte cinq chambres (http://www.masdelachristine.com/index_fr.htm).
Caroline et Christian Crestin accueillent les touristes et les accompagnent dans leur découverte de ce coin de Provence. Leur table offre une cuisine typiquement provençale, élaborée avec des produits du lieu. Les convives partagent la table commune et on y fait des rencontres amusantes, dont ce couple belge:  » Deschênes… On en a rencontré au Québec. — À quel endroit? — À Saint-Jean-Port-Joli… — Je viens de là! — … on a visité une cabane à sucre. — Chez mon oncle Marc-Arthur? — Non, son fils Simon. » Le monde est petit.
Dans un rayon de 40 kilomètres à peine, on peut visiter Avignon, Saint-Rémy-de-Provence, Les Baux, Arles, Nîmes, le pont du Gard, Fontvielle (moulin de Daudet) et d’innombrables autres choses qui imposent des choix douloureux.
Salutations cordiales à trois couples que nous serons enchantés de revoir.

En vacances…

Pas de notes depuis plusieurs jours? Je suis en voyage dans les « vieux pays ».
Nous sommes actuellement à Chinon, dans la vallée de la Loire, après 4 jours en Charentes (à Puyravault, j’en reparlerai) où nous avons visité notamment Brouage (pays de mes ancêtres Miville), Rochefort, La Rochelle, Fouras… Hier, en chemin, plusieurs stations dans la journée (Coulon dans le marais du Poitou, Niort, Richelieu, etc.).
A Niort, je me suis un peu égaré dans une rue tellement étroite qu’il a fallu fermer les rétroviseurs pour passer. Faut dire que j’avais demandé une automatique et que l’agence de location (manquant probablement de stock) m’a donné une Santa Fe de Hyunday (4×4, full equiped). Ne connaissant pas cette marque, je me suis aperçu, un fois rendu dans le parking lot, comme ils disent ici, que c’était GROS. Bref, je fais pas mal cousin américain parvenu…. Mais je m’habitue (à la voiture…). Je pourrais même faire du taxi ou du fret si j’avais un peu plus de temps.
Après trois jours dans la région de Chinon, ce sera Blois, pour le RDV de l’Histoire.

Le poète d’Ottawa

Pour « encourager la littérature, la culture et la langue et en promouvoir l’importance au sein de la société canadienne », le Parlement du Canada s’est doté en 2002 d’un poète officiel qui « peut », en vertu de la loi, rédiger des œuvres de poésie, notamment pour des occasions importantes, parrainer des lectures de poésie et conseiller le bibliothécaire du Parlement sur ses collections et les acquisitions propres à l’enrichir dans le domaine de la culture.
Les trois premiers titulaires de la fonction ont bien compris que le Parlement se contentait de « peut »… Comme on pouvait l’apprendre dans Le Devoir du 2 août, le premier et le dernier n’ont rédigé aucun poème commandé ; l’autre a écrit un poème à la mémoire des deux derniers vétérans de la Première guerre mais son texte n’a pas été agréé. L’allocation annuelle du poète est néanmoins passée de 12 000 $ à 20 000 $…
Comme c’est souvent l’usage, en pareilles circonstances, on a justifié la création de ce poste en disant que « plusieurs pays, dont l’Angleterre et les États-Unis, ont également leur poète officiel ». En fait, information prise auprès du House of Commons Information Office, le Parlement britannique « does not have an official poet itself »: le « UK’s official royal poet », comme son nom l’indique, est le poète officiel du royaume, choisi par la reine sur recommandation du premier ministre, et rattaché à la maison royale. Créée en 1668, cette fonction est purement honorifique depuis 1850 et elle ne semble pas comporter de rémunération. Aux États-Unis, le « Poet Laureate Consultant in Poetry to the Library of Congress » est rémunéré par un fonds privé créé en 1936 par un magnat du rail. Et non par les fonds publics.
Ici, ce n’est pas pareil. Ottawa nage dans l’argent. Mais est-ce le rôle du Parlement de subventionner les arts en gardant ainsi un « poète en cage »… et néanmoins libre de produire s’il le veut ? Si les parlementaires désirent « encourager la littérature, la culture et la langue », ils n’ont qu’à augmenter les crédits du Conseil des arts et de la Commission de droit de prêt public. Les programmes d’aide à la littérature de ces organismes sont moins glamour, mais les écrivains qui en bénéficient ont des comptes à rendre et ne sont pas censurés.

Le bilan de madame Boucher

Il est malheureux que des incidents aient troublé la tranquillité que la famille de la mairesse de Québec aurait souhaitée pour vivre son deuil. C’est l’élément essentiel — la perte d’une épouse et d’une mère — qui devait primer la semaine dernière. Mais cette femme expressive, authentique, colorée, fonceuse et déterminée pouvait-elle sortir sans bruit?
Maintenant qu’elle a été portée en terre, et qu’on retrouvera la possibilité de faire son bilan politique sans heurter les sensibilités, il faudra sortir de l’immense marmite de guimauve chauffée au papier-journal dont les vapeurs nous ont embrouillé les lunettes depuis une semaine.
On mettra probablement sur le compte de l’émotion (et de la délicatesse de ses adversaires) un certain nombre de propos tenus ces derniers jours à son égard. Pigés parmi les commentaires générés par la controverse entourant les funérailles, les propos suivants illustrent un certain décalage par rapport à la réalité historique. « [Elle] a servi la population de Québec depuis 40 ans », a-t-on avancé pour justifier des changements protocolaires, qui s’imposaient par ailleurs « avec tout ce que cette femme a fait pour la ville de Québec ».
Madame Boucher a été mairesse de Québec pendant moins de deux ans. Elle aurait peut-être inscrit des réalisations dignes de mention dans l’histoire de la capitale si la mort n’avait pas interrompu un bref mandat dont le bilan ne pèsera évidemment pas lourd, surtout si on le compare à celui de son prédécesseur. Pour le reste, soit de 1968 à la fin du siècle dernier, la carrière de madame Boucher s’est déroulée dans la ville voisine (qui saura en faire le bilan) et dans un climat d’incessante opposition avec Québec.
Après l’avoir vue s’opposer à la candidature de Québec aux Jeux de 2002, on n’ose imaginer comment elle aurait vécu la célébration du 400e, de son point de vue fidéen, s’il n’y avait pas eu de fusions. Pour la mairesse de Sainte-Foy, Québec était comme une mauvaise herbe apparue inopinément dans un champ de banlieues.
Qu’elle soit devenue ensuite mairesse de la capitale n’est pas le seul paradoxe de cette femme qui, tout en se réclamant du peuple, pouvait « contourner » les résultats d’un référendum sur l’hôtel de ville et s’opposer à la construction de HLM sur son territoire. Mais ce sont là des considérations que ses « fidèles » évalueront. À Québec, la perspective sera différente.