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Comment je suis devenu un allochtone du Canada

En 2018, à l’occasion d’une importante révision du programme d’histoire du secondaire, on a, entre autres choses, fait disparaître des manuels le mot « amérindien », au profit du mot « autochtone[1] ». On s’était bien accommodé du mot « amérindien » dans les manuels depuis plus d’un demi-siècle au moins. À titre d’exemple, l’ouvrage bien connu sous le nom « Vaugeois-Lacoursière » l’utilisait depuis la fin des années 1960 tandis que le « Farley-Lamarche », dont il s’inspirait largement, parlait encore des « sauvages » et des « indiens » au milieu du siècle dernier. En 2018, selon une porte-parole du Conseil en éducation des Premières Nations (qui avait mené campagne pour la révision), « Amérindien » était devenu « désuet ».

Sept ans plus tard, en 2025, le ministre Bernard Drainville informait le public que le mot « amérindien » serait remplacé par « autochtone » dans la liste modernisée des 2700 mots que doivent savoir écrire les élèves de l’école primaire. Mais pourquoi, commentait Patrick Moreau[2], dans Le Devoir du 3 septembre 2025, le ministre s’est-il senti obligé d’ajouter qu’« Amérindien » était un terme « péjoratif » ?

Porte de la famille amér.

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Les peuples vivant ici quand les Français sont arrivés n’avaient pas de mot pour se désigner collectivement[3]. Ils s’identifiaient par le nom spécifique de leur nation, de leur tribu ou de leur clan. Ce sont donc les Français et particulièrement les missionnaires qui leur ont donné des noms (ce qu’on appelle aujourd’hui des exonymes) : le plus souvent « sauvages », parce qu’ils vivaient essentiellement dans la forêt, « indiens », « alliés », mais aussi « infidèles », « païens », « barbares[4] ». La loi fédérale canadienne a retenu « Sauvages », jusqu’en 1927, puis « Indiens » (dans la loi actuelle) ; c’est sous cette appellation, en 1965, que Max Gros-Louis a fondé l’Association des Indiens du Québec (AIQ) qui fut la première organisation visant à rassembler au sein d’un même regroupement toutes les communautés québécoises. Trois ans plus tard était fondé, aux États-Unis, l’American Indian Movement (AIM).

Pour remplacer « Indien » (issu de la méprise de Colomb), les anthropologues américains ont proposé le mot « Amérindien », qui n’a jamais fait l’unanimité. La revue Recherches amérindiennes au Québec, créée en 1971 (renommée Revue d’études autochtones un demi-siècle plus tard) témoigne de l’acceptabilité du mot ici, tout comme ─ bien davantage ─ la « Rencontre des Amérindiens du Québec » tenue du 13 au 15 décembre 1978 à Québec. À cette occasion, le chef abénaquis Watso a demandé au premier ministre Lévesque s’il était vrai qu’il y avait « à l’Assemblée nationale une porte qui s’appelle la Porte des Sauvages ». Bien préparé par son cabinet, Lévesque a reconnu « cette maudite habitude » (qui s’expliquait par la présence d’une monumentale statue dédiée aux « aborigènes »), mais qu’on l’appelait « officiellement » maintenant, dit-il, la « Porte de la famille indienne », ce qui suscita l’échange suivant :

 M. Watso : C’est parce qu’on est en train de discuter avec mes collaborateurs pour proposer d’appuyer ceci : on voulait l’appeler la Porte des Amérindiens.

M. Lévesque : Ou alors la Porte des Amérindiens, si vous voulez. Mais puisqu’il y a une femme ou deux et des enfants on pensait que la famille indienne, c’était une bonne idée. On pourra toujours voter là-dessus, si vous voulez. Je demanderais aux journalistes, cependant, de noter que cela ne s’appelle pas la Porte des Sauvages, qui est un nom complètement scandaleux. Actuellement, cela s’appelle la Porte de la famille indienne. Si vous voulez proposer d’autre chose qui vous paraît plus normale, d’accord[5].

Lévesque était en avance sur l’administration (car la porte n’avait pas encore été nommée officiellement), mais en retard sur les souhaits de ses invités.

Le 11 avril 1979, le Conseil exécutif a adopté le décret suivant :

ATTENDU QUE l’appellation « Porte du Sauvage », employée depuis près d’un siècle pour désigner l’entrée principale de l’édifice de l’Assemblée nationale, est considérée offensante à l’égard des premiers habitants du Québec ;

ATTENDU QUE, lors de la Rencontre des Amérindiens du Québec et du gouvernement québécois les 13, 14 et 15 décembre 1978, des représentants indiens ont demandé et souhaité le changement de cette appellation ;

EN CONSÉQUENCE, il est ordonné, sur la proposition du premier ministre :

QUE la porte principale de l’édifice de l’Assemblée nationale soit désormais désignée sous le nom de « Porte de l’Amérindien » ;

QUE le présent arrêté en conseil prime sur toute décision administrative antérieure en regard de l’appellation susmentionnée.

Cette appellation (la première officielle) est demeurée en usage pendant quelques années seulement. Vers le milieu des années 1980, il fut convenu à l’Assemblée nationale que cette porte deviendrait plutôt la « Porte de la famille amérindienne[6] ».

Le mot n’avait donc rien de péjoratif : il était même souhaité par les intéressés et recommandé par l’Office de la langue française[7]. L’historien-expert Denys Delâge en témoignait en 2018[8] : « Moi, dans tout ce que j’ai écrit, j’ai généralement retenu l’expression ou la désignation Amérindien ». Une revue comme Recherches amérindiennes au Québec n’aurait pas gardé son titre pendant cinquante ans si le mot « amérindien » avait été toxique. On pourrait même dire que ce mot n’était plus un exonyme (nom donné par les autres) et pratiquement un endonyme (autodésignation, nom qu’on se donne soi-même), car les Amérindiens l’acceptaient. Et n’ont surtout pas proposé « Porte des Autochtones ».

La situation a changé après 1980, avec la Loi constitutionnelle de 1982, qui a introduit le terme « autochtone » dans le vocabulaire fédéral, la crise d’Oka en 1990, puis, en 2007, la Déclaration sur les droits des peuples autochtones des Nations Unies. Les Amérindiens du Québec ont naturellement privilégié l’endonyme « autochtone » et se sont inscrits dans cette mouvance militante internationale.

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Pour le Dictionnaire de l’Académie française, un autochtone est une personne « qui est originaire du pays qu’il habite, qui n’y est pas venu par immigration ». Pour nos dictionnaires, ce n’est pas si simple, surtout si on les examine rétrospectivement.

Prenons le Multidictionnaire, qui s’appuie beaucoup sur le Grand dictionnaire terminologique (GDT) de l’Office québécois de la langue française.

L’édition de 1992 reprenait exactement la définition de l’Académie (« Qui est originaire du pays qu’il habite ») en donnant comme exemple : « les autochtones du Canada sont les Amérindiens ».

L’édition de 2018 est plus compliquée ; elle distingue l’adjectif du substantif :

Adjectif                         Qui est originaire du pays où il habite.

Nom m. et f.     Personne vivant sur le territoire habité par ses ancêtres depuis un temps immémorial […]. Ant. Allochtone.

Je serais donc UNE PERSONNE autochtone, selon la première définition, car je suis originaire du pays que j’habite, mais visiblement pas UN autochtone « de souche », si 400 ans de présence ne constituent pas « un temps immémorial »? Que j’aie un chef amérindien dans mon arbre généalogique change-t-il quelque chose?

Une note technique apporte la réponse : « Au Canada, la Loi constitutionnelle de 1982 distingue les autochtones que sont les Inuits, les Indiens et les Métis des autres habitants qui sont d’origine européenne et autres ».

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C’est clair, mais comment faut-il nommer ces « autres habitants » ? Dans sa chronique, Patrick Moreau a mis le doigt sur le problème :

Les mots, en effet, ne viennent jamais seuls. Le lexique forme un système. Les mots sont notamment associés à des synonymes, et aussi à des antonymes. Or, l’antonyme d’« autochtone » est « allochtone » […].

En 1992, le Multi ignorait ce dernier mot, qu’on trouvait dans le Petit Larousse, comme terme de zoologie, pour désigner « une espèce d’apparition récente »…

Dans l’édition de 2018 du Multi, il apparaît comme adjectif et substantif :

Adjectif                         Qui n’est pas originaire du pays où il habite.

Nom m. et f.     Au Canada, toute personne qui n’est pas d’origine amérindienne ou inuite.

Avec cette note technique : « En ce sens, le mot allochtone s’oppose à autochtone (Amérindiens et Inuits). Il s’agit d’une spécialisation du sens d’allochtone (GDT). »

Je suis donc un allochtone du Canada, comme on dit des bernaches pour les distinguer de leurs congénères étrangères. Cette spécificité canadienne, qui change le sens du mot, ne manque pas de faire sourciller.

Le Grand dictionnaire terminologique (GDT) apporte lui-même un bémol :

Au Canada, par exemple, on distingue parfois les personnes d’origine amérindienne ou inuite que l’on nomme autochtones et les personnes d’autres origines que l’on nomme allochtones. Cet usage est souvent critiqué en raison des risques de confusion entre cette acception particulière et le sens premier du terme, toujours en usage[9].

Dans La Presse du 5 mars 2023, la journaliste Lucie Côté écrit que son journal

préfère employer le terme non-Autochtones quand un texte doit distinguer les Autochtones et les autres personnes, plutôt qu’allochtones.

La définition que donne l’Office québécois de la langue française du nom allochtone est la suivante : « Personne qui n’est pas née dans le pays qu’elle habite. » L’outil Clés de la rédaction du Bureau de la traduction du gouvernement du Canada donne la précision suivante : « Le nom englobe les personnes nées à l’étranger ou dont au moins l’un des parents est né à l’étranger. » Peut-on vraiment dire que tous ceux qui ne sont pas autochtones sont des étrangers[10] ?

Le chroniqueur Moreau ajoute :

La grande majorité des Québécois actuels, dont les ancêtres se sont installés sur les rives du Saint-Laurent depuis le XVIIe siècle, ne répondent pas à cette définition d’« allochtones » [personne qui n’est pas née dans le pays qu’elle habite], et pourraient même, à juste titre, tenir ce terme pour péjoratif s’il était utilisé pour les désigner collectivement.

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Selon la linguiste Mireille Elchacar[11], le « changement de dénomination s’inscrit dans une stratégie de réappropriation d’un certain pouvoir symbolique », pour les Amérindiens, le tout « dans un esprit de réconciliation ». Dans le cas du mot « autochtone », on peut même parler d’appropriation? Pour les « autres », surtout ceux qui sont ici depuis plus de dix générations et qui ont été les alliés des « Indiens », autrefois, pendant 150 ans, le changement se traduit par une forme d’exclusion.

Le vocabulaire « woke » leur offrirait plusieurs options pour réagir, si tant est qu’il est applicable aux Blancs : ressenti, offense, micro-agression, etc. Il leur faut seulement espérer qu’on ne s’enfargera pas trop dans les racines sur le sentier de la réconciliation.


[3] Dans « De Indien à Autochtone : évolution des dénominations génériques des peuples autochtones du Québec », Circula, 15 (printemps 2022), p. 174, la linguiste Mireille Elchacar écrit que le besoin de s’identifier collectivement leur a été « imposé par le contexte colonial ».

[4] Voir à ce sujet J. A. Gallucci, « Décrire les « Sauvages » : réflexion sur les manières de désigner les autochtones dans le latin des Relations », Tangence, 99 (2012), 19–34 (https://www.erudit.org/fr/revues/tce/2012-n99-tce0532/1015111ar.pdf).

[5] La rencontre des Amérindiens du Québec et du gouvernement québécois, 13, 14, et 15 décembre 1978. Discours et ateliers, Québec, Éditeur officiel, 1979, p. 57.

[6] Sur ce sujet, voir Gaston Deschênes, Le Parlement de Québec, Sainte-Foy, Multi-Mondes, 2005, p. 198-199. C’est à cette époque que l’Assemblée nationale a repris l’administration de ses édifices.

[7] Elchacar, loc. cit., p. 178.

[8] Le Devoir, 19 novembre 2018.

[10] Voilà qui évoque de vieux débats. Dans le filibuster de 1849, contre le projet de loi indemnisant les victimes de la soldatesque de Colborne, des Anglo-Montréalais ont qualifié les Canadiens d’« étrangers », ce qui a suscité une violente réplique de La Fontaine contre MacNab : « Quoi ! M. l’Orateur, les Canadiens français étrangers sur leur terre natale ! Ce serait une insulte […] ». Gaston Deschênes, « Le filibuster sur la loi d’Indemnisation (1849) », Bulletin d’histoire politique, 22,1 (automne 2013), p. 58-71.

[11] Le Devoir, 26 juillet 2025.

« J’ai pas voulu être un artiste »

La Loi sur le statut professionnel des artistes oblige maintenant les éditeurs à s’entendre avec l’Union [des écrivains], reconnue comme syndicat » (« Les écrivains s’entendent sur leur contribution syndicale », Le Devoir, 13 mai 2025).

Avec cette nouvelle loi, les historiens qui publient se retrouvent dans une drôle de position. Les voilà assimilés à des « artistes » − ce que plusieurs ne manqueront pas de trouver incongru − et prochainement cotisants d’un « syndicat d’écrivains » − ce qui ne leur ressemble pas vraiment non plus. Et quel « syndicat »! Les historiens n’y sont admis que par une porte latérale comme membres associés (art. 4.1.3 des Statuts), ils peuvent voter et siéger comme administrateurs, mais ne peuvent aspirer à la présidence ou à la vice-présidence (art. 7.1), postes réservés aux vrais « écrivains », les « littérateurs ».

Par ailleurs, alors que Québec traite les historiens comme des « artistes », Ottawa fait le contraire. Le Devoir rapportait en janvier (« Austérité forcée aux éditions du Septentrion », Le Devoir, 13 janvier 2025) que les Conseil des ARTS du Canada (CAC) cherchait à exclure certains genres de livres de son programme de subventions. À cette fin, le CAC a réduit sa définition des essais aux « essais littéraires », en plaidant que sa mission est de subventionner le travail des artistes, d’où la discrimination des « essais » des historiens, qui, vus d’Ottawa, ne sont évidemment pas des… artistes.

L’abbé Luc (1926-2025)

L’abbé Luc Deschênes, doyen des prêtres du diocèse de Sainte-Anne-de-la-Pocatière, est décédé à Saint-Jean-Port-Joli le 4 mai 2025, au début de sa centième année.

Luc dans Attisée septembre 2018 -rédujit
Né le 10 avril 1926, il était issu d’une famille rurale qui a été décorée en 1968 du titre de « famille terrienne de l’année ».

Luc D. et 6 frères, vers 1948Avec ses frères (deuxième à gauche)

Après des études à l’école du rang, il entre au Collège de Sainte-Anne-de-la-Pocatière en septembre 1941 et se distingue dès ses Éléments latins par « d’excellentes notes de travail, de conduite et de piété ». En dépit d’une santé fragile, il termine ses études classiques en 1949 ; à la traditionnelle « prise de ruban » de juin, il choisit le blanc et entre au Grand Séminaire de Québec à l’automne.
Le 4 juin 1953, Saint-Jean-Port-Joli vit un événement exceptionnel quand Luc Deschênes et Marcel Caron, deux fils de la paroisse, sont ordonnés prêtres par Mgr Bruno Desrochers. Le premier est le frère de mon père, le second, le frère de ma mère. Ils disent leur première messe le 5 et le 7 ; à l’automne, ils se retrouvent tous deux prêtres auxiliaires (« maîtres de salle ») au Collège de Sainte-Anne.

Luc D. -première messe.détailÀ la sortie de sa première messe en 1953.

En 1958, Luc Deschênes commence des études, à l’École normale supérieure de Montréal, où il obtient un Brevet A et un baccalauréat en pédagogie. Il est ainsi bien préparé pour diriger l’Externat classique de Montmagny de 1959 à 1961.

En juin 1961, il est nommé directeur des étudiants au Collège de Sainte-Anne, d’abord au secondaire puis au collégial. En 1969, la création du Cégep réduit le collège à une institution d’enseignement secondaire ; il y devient professeur et supérieur de la communauté des prêtres. Parallèlement à ses fonctions d’éducateur, il assure avec des confrères le ministère estival à la desserte du lac Trois-Saumons.
Dans un hommage rendu à son confrère, lors du cinquantenaire de son ordination en 2003, l’abbé Fernand Bélanger écrivait : « Il était un éducateur hors de l’ordinaire, proche des étudiants. Combien de fois ai-je entendu des anciens du Collège de Sainte-Anne me parler de l’abbé Luc. Nous avons gardé un merveilleux souvenir de ce prêtre compréhensif et bon, dont nous nous sentions aimés. »
Vingt ans plus tard, je peux corroborer le témoignage de l’abbé Bélanger. À plusieurs reprises dans nos derniers conventums, des confrères du 137e cours sont venus prendre des nouvelles de leur ancien directeur ; certains m’ont confié à quel point mon oncle Luc les avait marqués, aidés et parfois même « épargnés » à la suite d’une coche mal taillée qui aurait pu leur valoir une punition plus grave. On ne peut mieux illustrer le rôle de l’abbé Luc qu’avec ce témoignage rendu par Émile Gilbert (136e cours), lauréat du prix Personnalité 2018 : « à chaque fois que je songe à mon parcours, mon regard se tourne vers un homme, pour qui j’ai le plus profond respect, et qui a toujours été un modèle pour moi : l’abbé Luc Deschênes. Pour moi, ce personnage plus grand que nature, représente à mes yeux ce que le Collège de Sainte-Anne avait de meilleur à offrir, et le plus beau compliment que je pourrais recevoir, ce serait de me faire dire que j’ai reçu en moi un peu de son humanisme ».
En 1975, l’abbé Marcel Caron quitte la cure de Saint-Pamphile pour le vicariat épiscopal du « district pastoral de la Baie-James », un immense territoire où il a exercé son ministère pendant plus de 20 ans. Luc Deschênes le remplace à Saint-Pamphile pour une période de six ans. En 1981, il est nommé curé de L’Islet où il passe 15 ans.
C’est ensuite la retraite à Saint-Jean-Port-Joli. En principe. Dans son hommage de 2003, l’abbé Bélanger mettait le mot entre guillemets, ce qu’il convenait de faire encore, vingt ans plus tard. Messes, baptêmes, mariages et sépultures, visites aux malades pour la communion ou le réconfort : il n’a pas cessé de donner au coup demain au curé de la paroisse, dans la mesure de ses moyens. Dans une entrevue accordée à la revue diocésaine Intercommunication en 2010, il évoquait ses loisirs : « Je marche tous les jours, beau temps, mauvais temps. Le médecin me dit que c’est un bon remède ! Je consacre un temps à la lecture, je m’intéresse aux activités sociales et paroissiales qui sont assez nombreuses. Je suis impliqué dans les groupes, FADOQ, AQDR, groupes d’amis. Les rencontres familiales et amicales sont fort appréciées. Et puis j’essaie de m’apprivoiser avec l’Internet… »

Luc D. Ph. J.-C. Saint-Pierre(photo J.-C. Saint-Pierre)
Quand le temps le permettait, il faisait sa visite au quai, admirant le fleuve — dont il s’est bien ennuyé quand il était à Saint-Pamphile —, saluant ceux qu’il rencontrait, paroissiens ou touristes, conversant avec chacun, taquinant les parents et les proches. Jusqu’à tout récemment, il conduisait sa voiture. Il y a moins d’un mois, il assistait à une « partie de sucre » dans l’érablière familiale.
Dans le village de Saint-Jean-Port-Joli, il était devenu un personnage, même s’il n’a jamais « monté en grade » ni obtenu de titre ou de ceinturon coloré. Pour ses coparoissiens, c’était simplement « l’abbé Luc ».

Des églises incendiées dans l’Ouest canadien

Au moins 33 églises ont été détruites par des incendies au Canada entre mai 2021 et décembre 2023 et au moins 24 de ces 33 églises ont été brûlées intentionnellement après mai 2021 (https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2039965/eglise-feu-canada?depuisRecherche=true).

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« Onze églises ont été détruites à la suite d’incendies volontaires dans l’Ouest canadien dans les semaines qui ont suivi les révélations de la découverte de 215 potentielles sépultures anonymes sur le site d’un ancien pensionnat pour Autochtones à Kamloops, en Colombie-Britannique. [...]

Des dirigeants autochtones et de la sphère politique ont évoqué la colère suscitée par les pensionnats pour Autochtones pour expliquer la flambée d’églises calcinées après les découvertes de Kamloops ».

Paulina Johnson, chercheuse à l’Université de l’Alberta et membre de la Première Nation de Maskwacis, dit comprendre pourquoi on a incendié des églises: « On utilise le feu parce que personne ne s’intéresse vraiment à la vérité ».

La vérité, c’est aussi que, près de 3 ans plus tard, on n’a encore trouvé ou exhumé aucun reste humain à Kamloops  — ni même commencé à creuser –, ce qui ne veut pas dire qu’il n’y en a pas.

(sur ce sujet, voir https://blogue.septentrion.qc.ca/gaston-deschenes/2023/11/09/la-fausse-nouvelle-sur-la-fosse-commune/).

La fausse nouvelle sur la fosse commune

Lu dans Le Journal de Québec du 30 septembre 2023 (« Journée nationale de la vérité et de la réconciliation : un rappel crucial en cette période de débats critiques ») :

« […] au printemps de 2021, les médias de tout le pays annoncent la découverte de 215 corps d’enfants dans une fosse commune sur le terrain de l’ancien pensionnat indien de Kamloops. »

Il suffit de taper « 215 corps » sur Google pour constater que cette « nouvelle » a été annoncée bien au-delà de nos frontières. Elle est quand même fausse.

215 corps

Il y a plus d’un an, le 27 mai 2022, la réputée journaliste Hélène Buzzetti a mis ses plus beaux gants blancs pour faire une mise au point à ce sujet dans la version électronique du Soleil  (« La douleur et les faits », https://www.lesoleil.com/2022/05/27/la-douleur-et-les-faits-2820f37617252186dbd78dcc90fa186f):

« D’abord, malgré ce que de nombreux journalistes disent ou écrivent, aucun “reste humain” n’a été trouvé à ce jour. Ni à Kamloops, ni dans les autres communautés ayant annoncé des découvertes similaires depuis. [...].

 La spécialiste Sarah Beaulieu, qui a dans le passé contribué à localiser des sépultures de la Première Guerre mondiale, a ainsi détecté 200 “anomalies” à Kamloops. Le patron des ondes pourrait correspondre à celui de sépultures, mais ce n’est qu’une hypothèse. “Seule une enquête médico-légale avec excavation nous fournira les résultats définitifs”, a-t-elle rappelé l’été dernier [15 juillet 2021]. Or, il n’y a pas eu d’excavation et il n’y en aura peut-être pas, la communauté étant divisée à ce sujet. La cheffe Rosanne Casimir a indiqué lundi qu’aucune date n’avait été retenue pour l’éventuelle prochaine étape. Bref, l’hypothèse pourrait éternellement demeurer une hypothèse.

Il faut aussi rappeler que ce qui a été découvert ne serait pas un “charnier” ou une “fosse commune” comme certains continuent de le dire. Dans les jours qui avaient suivi la découverte, la cheffe Casimir avait rectifié le tir en précisant que les anomalies trouvées dans le sol étaient espacées sur le terrain d’une manière évoquant un cimetière traditionnel. Le Washington Post a fait la correction sur son site Internet, mais pas le New York Times, qui continue de parler de “mass grave”.

[…] à présenter ces découvertes d’une manière qui évoque l’imaginaire génocidaire, on en vient à faire croire que des milliers enfants autochtones ont été jetés pêle-mêle dans des fosses communes gardées secrètes, sans respect pour leur dignité et leur individualité, parce qu’on voulait cacher leur mort survenue dans des circonstances suspectes. Il n’y a aucune preuve de cela. Après huit ans de travaux, on ose imaginer que la Commission Vérité et Réconciliation aurait eu vent d’une telle affaire.

Ottawa a versé à ce jour 78 millions $ à 63 communautés pour qu’elles mènent des travaux de localisation, mais le gouvernement n’exige pas que des excavations soient menées pour confirmer la nature des découvertes.

Ce chapitre de l’histoire canadienne est sombre à bien des égards. Mais la douleur légitime n’autorise pas le leurre. Il est temps que les politiciens cessent cette enflure verbale et que les journalistes redécouvrent l’art de s’en tenir aux faits. »

Madame Buzetti s’était peut-être inspirée d’une étude publiée quelques semaines plus tôt par l’historien Jacques Rouillard (« Où sont les restes des enfants inhumés au pensionnat autochtone de Kamloops ? »  L’Action nationale, février 2022) :

« En ne mettant jamais en évidence qu’on en est encore au stade des hypothèses et qu’aucune dépouille n’a encore été trouvée, le gouvernement et les médias laissent s’accréditer une thèse, soit celle de la disparition de milliers d’enfants dans les pensionnats. D’une allégation de “génocide culturel” avalisée par la Commission de vérité et réconciliation (CVR), on est passé à un “génocide physique”, une conclusion que la Commission rejette explicitement dans son rapport ».

Le professeur émérite de l’université de Montréal concluait ainsi :

« Il est incroyable qu’une recherche préliminaire sur un prétendu charnier dans un verger ait pu conduire à une telle spirale d’affirmations endossées par le gouvernement canadien et reprises par les médias du monde entier. Ce n’est pas un conflit entre l’Histoire et l’histoire orale autochtone, mais entre cette dernière et le gros bon sens. Il faut des preuves concrètes avant d’inscrire dans l’Histoire les accusations portées contre les Oblats et les Soeurs de Sainte-Anne. Les exhumations n’ont pas encore commencé et aucune dépouille n’a été trouvée. Un crime commis exige des preuves vérifiables, surtout si les accusés sont décédés depuis longtemps. Il importe donc que les excavations aient lieu le plus rapidement possible pour que la vérité l’emporte sur l’imaginaire et l’émotion. Sur la voie de la réconciliation, le meilleur moyen n’est-il pas de rechercher et de dire toute la vérité plutôt que de créer des mythes sensationnels ?