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Paul Bégin, « à la recherche d’un pays »

J’ai lu les mémoires de l’ancien ministre Paul Bégin avec beaucoup d’intérêt. J’avoue que leurs 774 pages m’inquiétaient un peu. J’avais entendu parler de ce gros manuscrit et je craignais de me retrouver avec un monument un peu longuet, à la Guy Bertrand, qui a déjà deux tomes de 500 pages…

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J’en ai lu des mémoires de parlementaires au cours de ma carrière et ceux-là se démarquent de plusieurs façons, avec plusieurs chapitres sur les études de l’auteur, la précision un peu maniaque de l’information (ex. les références législatives) et l’accent sur une vingtaine d’années de travail militant avant sa première élection en 1994. Le sous-titre représente bien le contenu.
Admis au Barreau en 1969, Paul Bégin a surtout travaillé en droit municipal. Membre du RIN dès le milieu des années 1960, il a ensuite milité au PQ. Après une pause au milieu des années 1980, il a été recruté par Parizeau, a été élu en 1994 et a occupé des fonctions ministérielles (Justice, Environnement et Revenu et de nouveau Justice) dans les gouvernements Parizeau, Bouchard et Landry.
Ce qui ressort de ce livre, c’est la vie d’un homme qui se dirige en ligne droite vers la souveraineté, sans fléchir, pendant quatre décennies, malgré tous les désappointements vécus, dont le « beau risque » de Lévesque, l’affirmation nationale de Johnson (dont il a refusé l’invitation), la malheureuse démission de Parizeau, la course au déficit zéro que Bouchard a préférée à la promotion de la souveraineté et les « accroires » de Landry sur la tenue d’un référendum dans le premier mandat. Sans compter deux référendums perdus. Évidemment, les risques de déception en politique croissent avec l’usage. Personnellement, je ne sais pas si j’aurais duré au-delà de l’assemblée « paquetée » du 17 décembre 1984 – que l’auteur a justement qualifiée de « mauvaise pièce », « vaudeville », « mascarade » et « cirque » –, surtout en sachant que mon chef l’avait cautionnée… Et, quand ses collègues du Conseil exécutif le désavouent, en 2002, sur la question des substituts du procureur général, alors qu’il se trouve sur une table d’opération, on a envie de dire « enfin, passons à autre chose ».
Paul Bégin livre un témoignage sincère, courageux dans l’exposé des déceptions et des échecs, mais fier, à juste titre, des points positifs en matière d’environnement (il est à l’origine de la promenade Samuel-de Champlain, du parc du boisé des Compagnons-de-Cartier…) et de justice (Code de procédure civile, Loi sur le lobbyisme, union civile, par exemple).
J’ai évidemment aimé le chapitre qui traite de l’affaire Michaud, un sujet que la dernière biographie de Landry a soigneusement évité. Les informations que Paul Bégin donne sur la réunion des ministres avant la séance du 14 décembre 2000 m’en apprennent un peu sur l’esprit qui régnait autour de Lucien Bouchard dans les heures qui ont précédé immédiatement « l’exécution » de Michaud, mais cette partie de l’histoire (disons, la nuit du 13 au 14) reste un mystère. Paul Bégin a été trompé, comme ses collègues, sur les prétendus propos de Michaud et je crois que Bouchard lui-même l’a été. Ce sont des attachés politiques qui auraient joué les plus mauvais rôles dans ces heures-là.
Je souhaite que ce livre soit lu, surtout par les souverainistes du PQ et d’ailleurs. Son auteur a longtemps œuvré « dans les instances » du parti et ne s’inscrit pas parmi les plus flamboyantes figures du parti. Ce n’était pas dans sa nature ni son objectif. Ses mémoires risquent donc de passer sous le radar, surtout de ces temps-ci. Comme le chantait Raymond Lévesque, « Quand on est d’la race des pionniers / On est fait pour être oublié », mais, quoiqu’il arrive, cet ouvrage inscrit son passage dans l’histoire politique du Québec.
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Paul Bégin, À la recherche d’un pays; mémoires d’un militant (1962-2002), Québec, GID, 2020, 774 p.

La sorcière du FLQ

La plupart des commentaires émis sur le livre de Louise Lanctôt, Une sorcière parmi les felquistes : journal de la crise d’Octobre (Scriptorium, 2020), omettent de mentionner qu’il s’agit d’une « nouvelle édition revue et enrichie » de Louise Lanctôt, une sorcière comme les autres, paru chez Québec-Amérique en 1981, tel que mentionné dans la page des crédits. Le titre, la couverture, le texte de quatrième et le nombre de pages en font un ouvrage sensiblement différent, qui contient une grande quantité de passages nouveaux ou modifiés.

Lanctôt 2020

Lanctôt 1981

Plus évidente différence : alors que l’ouvrage précédent commençait avec le départ des membres de la cellule Libération pour Cuba (l’avion de 1981 est changé pour un hélicoptère!), la nouvelle édition débute avec une quarantaine de pages sur ce qui a précédé le départ, de février à novembre 1970. On n’y apprend pas grand-chose, mais l’auteure martèle l’idée que la GRC « connaissait tous nos faits et gestes, avant l’enlèvement, pendant l’enlèvement et bien sûr durant notre exil et à notre retour »; elle a exercé un « contrôle […] sur toute l’activité du FLQ depuis le début de 1970 et jusqu’à notre arrestation en décembre 1970 ». Elle conclut d’ailleurs cette nouvelle partie sur ce thème » : « […] je n’ose qualifier cette utilisation de nos actions que les corps policiers ont faite en nous laissant aller à nos différentes activités sans intervenir, et entrer en scène au moment dit de leur stratégie. Chaque fois que j’ai tenté d’en parler au groupe à Cuba, on me rabrouait, en me répondant que je cherchais à diminuer la portée de l’action du FLQ et à le discréditer ».
Élément intriguant de ce chapitre nouveau : quand le groupe (qui se divisera ensuite en deux cellules) est à Percé (en 1970), il apprend « qu’un groupe de personnes possède de l’argent pour faire un enlèvement ». Ce groupe, qui n’est évidemment pas identifié, est prêt à le remettre si les felquistes s’engagent « expressément à n’utiliser cet argent que pour faire un enlèvement et non pour organiser un groupe de guérilla, comme tous supposent que Paul [Rose] entend le faire ». C’est Louise Lanctôt « sensible à cette marque de confiance d’un groupe [qu’elle ne connait] pas vraiment », qui doit se porter garante de la somme effectivement reçue, ce qui ne manquera pas de mécontenter « les gars ». On ne peut qu’être curieux de savoir qui sont ces mystérieux « investisseurs »…
Dans les parties qui traitent du séjour en France (1974-1978), l’auteure ajoute ici et là des nombreux passages sur les conditions de vie de la famille (elle a deux enfants), son travail et ses activités syndicales et politiques (elle milite au Parti communiste révolutionnaire marxiste-léniniste). Tout au long de cette nouvelle édition, elle dissémine des détails sur les chicanes qui les opposaient, elle et son mari Jacques Cossette-Trudel, aux autres membres de la cellule Libération dès l’arrivée à Cuba et ensuite à l’ensemble des felquistes. À Cuba, les discussions tournent autour de la pertinence des enlèvements. Louise Lanctôt et son mari ne tardent pas à rompre avec le FLQ. Quand sa mère vient à Cuba, elle doit voir ses enfants (Louise et Jacques Lanctôt) séparément. Quand Michel Chartrand passe à son tour, il traite les Cossette-Trudel d’« intellectuels de café ».
Le départ vers la France permet de s’éloigner de ces conflits mais ils sont évoqués à l’occasion, notamment après la diffusion d’une entrevue que les Cossette-Trudel donnent à Denise Bombardier en avril 1978. Le Centre d’information sur les prisonniers politiques (CIPP) délègue une avocate pour les rencontrer à leur appartement et ses premiers mots seront : « Paul fait dire de vous la fermer! ». La déléguée leur reproche d’avoir « présenté l’exil comme un châtiment alors qu’il n’est qu’un magnifique voyage de couple qui, en plus, a eu la liberté d’avoir des enfants », un argument « que la mouvance felquiste et les felquistes ne cesseront par la suite de […] rabâcher »; elle prétend de plus que « les autres exilés ont honte d’avoir été en exil plutôt qu’en prison et qu’ils savent se taire et respecter ceux qui sont en prison! ». Louise Lanctôt est évidemment outrée et dit avoir ensuite été suivie par deux hommes pendant quelque temps, craignant même de subir le même sort que Bachand.
Dans la partie où elle raconte le retour au Québec, elle insère quelques nouveaux passages qui vont dans le même sens, dont celui-ci : « Chaque fois que nous passons à la Cour, le palais de justice est rempli de journalistes, de personnes qui veulent voir comment se déroule notre procès, mais il y a aussi des membres du CIPP et amis de l’entourage de Paul Rose, haranguant les gens autour d’eux pour expliquer comment Jacques Cossette-Trudel et Louise Lanctôt sont des traitres. Ils ont des mots crus qu’aucune de mes sœurs n’ose me répéter. Mes sœurs sont scandalisées et les reprennent vertement. »
Elle revient sur les conflits dans les dernières pages (nouvelles) de l’ouvrage. « Je me suis longtemps souvenue, écrit-elle, du jour où, après une discussion autour de la table à Guanabo – la dernière du groupe en fait – l’amie d’un des membres est venue me trouver pour me dire que celui-ci ne pouvait plus discuter avec moi parce que je n’étais pas féminine. Quelle dignité a acquise celle-là au point de venir me déclarer marginale face à mon sexe parce que son mâle l’avait ainsi décidé! »
Il ne fait pas de doute que cette nouvelle édition a permis de plus explicites règlements de comptes, entre autres choses. En tant que femme, Louise Lanctôt a conservé de douloureux souvenirs de la crise d’Octobre et de l’exil. « Il me reste, écrit-elle, de ce vécu spécifique et exacerbé cette fine couche de la hargne des hommes du FLQ qui s’est déposée sur moi tout au long de cette saga et qui s’est durcie à même ma peau, sorte de cotte de mailles que je ne peux décoller sans hurler de douleur ».

Le retour de Tourville

En moins d’un an, deux romanciers ont mis en scène une petite municipalité située au sud de Saint-Jean-Port-joli, à mi-chemin entre le fleuve et la frontière américaine, qui vient d’avoir cent ans et s’accroche à la vie.

Tourville-livres

Les premiers habitants sur le territoire actuel de Tourville sont arrivés plus d’un demi-siècle avant la création de la paroisse en 1919. Construite entre 1854 à 1859, la route Elgin a donné accès à ce territoire où on exploitait déjà le bois. Un premier agriculteur s’est établi au lac Noir aussi nommé « lac à Pitoune », d’après le surnom, dit-on, de la gouvernante d’un gite de l’endroit…

C’est toutefois la construction du Transcontinental, de 1905 à 1913, qui assure le développement de Tourville à partir d’une station de chemin de fer nommée en l’honneur de l’ancien gouverneur général Monk. On bâtit ensuite une usine de réparation de locomotives, une chute à charbon, un réservoir d’eau et une gare. Apparaissent aussi des hôtels et divers services dont un cinéma, le premier de la région. Tourville est une sorte de « boom town » moderne.
Le chemin de fer est évidemment au cœur des deux romans.

L’espion de Tourville
Installé depuis quelques années à Saint-Roch-des-Aulnaies, Nicolas Paquin a situé L’espion de Tourville (Éditions du Phoenix, 2019) pendant la Seconde guerre mondiale, son sujet de prédilection.
« Fraîchement descendu à la gare d’un village isolé des Appalaches, un mystérieux étranger pique la curiosité sur son passage. Un chargement d’armes disparaît lors de l’arrêt d’un train de marchandises. Un groupe de jeunes embrigadés menacent la paix publique. Un étudiant, traqué par la police militaire, se cache dans les bois. Et si ces événements étaient tous reliés à la guerre qui sévit en Europe en cet été 1943? Il n’en faut pas plus pour aiguiser le flair de Samuel Pion et bouleverser son premier été à Tourville, PQ. »
Samuel Pion, S. Pion, l’espion… C’était facile, mais l’auteur a fait des recherches historiques minutieuses, et marie habilement les faits réels avec ceux qu’il imagine, en évitant le ton didactique.

Rendez-vous à Tourville
Pour écrire Rendez-vous à Tourville (VLB, 2020), Pierre Rancourt a puisé dans ses souvenirs d’enfance. Il est né à Tourville en 1945, à l’époque où le « Ciennar » était le principal employeur. Il lui faudra quelque temps avant de comprendre que « Ciennar » n’était pas un mot mais un sigle, CNR (Canadian National Railway), qu’il fallait prononcer à l’anglaise.
Dans son roman plein d’humour, Rancourt donne une large place à l’Église, qui représente la stabilité, mais ce qui ressort de son récit est plutôt le changement que représentent en particulier la télévision et ses vedettes, dont sa chère Janette Bertrand. Il voit passer la troupe de Grimaldi, mais il est évident que cette époque achève.
Rancourt sera aussi témoin de changements encore plus déterminants pour Tourville : les trains passent au diésel – ce qui rend caduc le dépôt de charbon –, l’usine de réparation des locomotives ferme en 1954, le chemin de fer perd des points au profit du camion et de l’autobus qui ont désormais des routes ouvertes à l’année.
La belle époque de Tourville est terminée. Pour les Rancourt, le déclin du CNR se traduit par le déménagement de la famille à Charny, dernier épisode du roman.

Et de Tourville? La gare est démolie en 1982 et les rails enlevés en 1986. La liste des commerces et des services se rétrécit. La municipalité compte maintenant moins de 600 habitants et doit sa survie au fait qu’elle est située sur une artère régionale importante (la route 204), à la jonction du « tronçon Monk », un sentier de 226 km pour motoneige et quad, ce qui fait de Tourville un indispensable carrefour de services entre Bellechasse et le Témiscouata.

L’histoire des Franco-américains, par un des leurs

Mon attention a été attirée par un commentaire inscrit sur la page que Baraka Books consacre au livre de David Vermette, A Distinct Alien Race: The Untold Story of Franco-Americans : « the best synthesis of Franco-American history written to date » (https://www.barakabooks.com/catalogue/a-distinct-alien-race/).

La meilleure synthèse de tous les temps?  Ayant édité Les Franco-Américains de la Nouvelle-Angleterre au Septentrion en 2000 (https://www.septentrion.qc.ca/catalogue/franco-americains-de-la-nouvelle-angleterre-les), je me suis permis un certain scepticisme, tout en sachant que l’auteure du commentaire connaissait bien l’œuvre d’Yves Roby et l’avait évidemment prise en considération.

Vermette

Yves Roby a traité, d’un point de vue québécois, l’histoire des quelque 900 000 Canadiens français partis aux États-Unis entre 1840 et 1930. Il a étudié les circonstances de leur départ et leur intégration dans la société américaine, où la plupart d’entre eux ont perdu leur langue, au grand dam des leaders de leur communauté. Son étude, qui s’arrête en 1976, décrit « les représentations que ces Québécois émigrés en Nouvelle-Angleterre et leur descendance se font d’eux-mêmes ».

L’ouvrage de David Vermette aborde l’histoire des Franco-américains de manière différente. Il part à la recherche de ses ancêtres en débutant, non pas au Québec, mais dans les filatures de la Nouvelle-Angleterre. Sa démarche personnelle commence en fait dans le cimetière de Biddeford, quand sa mère répond « English » au prêtre, un peu déçu, qui lui demande dans quelle langue il doit prononcer les prières rituelles pour l’inhumation de son mari. Dans ce cimetière, où il voit de nombreuses stèles portant des noms français, Vermette se demande comment tous ces gens sont arrivés là, un phénomène qui est sorti de la mémoire de son entourage. Tout en abordant le sujet de manière générale, il prend comme cas-type la ville de Brunswick où ses ancêtres ont vécu au XIXsiècle.

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Vermette remonte dans l’histoire des filatures bien avant l’arrivée des Canadiens en Nouvelle-Angleterre et consacre plusieurs pages de sa première partie (From Ships’ Captains to Captains of Industry) à ceux qui ont investi dans cette industrie (dont les Cabot) comme solution de rechange à leurs premières entreprises, soit le commerce des esclaves avec l’Afrique et de l’opium avec la Chine…

Dans la deuxième partie (The Other Side of the Cotton), Vermette montre comment les Canadiens sont en quelque sorte venus à la rescousse de l’industrie du coton qui manquait de main-d’œuvre. Il explique dans quel contexte le mouvement migratoire s’est déroulé et quelles étaient les conditions de vie dans les « French quarters » ou « Petits Canadas », particulièrement dans les logements surpeuplés et insalubres où ses ancêtres (et quelques-uns des miens) ont vécu à Brunswick.

La troisième partie (The Reception of Franco-Americans) expose comment les Canadiens ont été reçus. Les protestants ont tenté de les convertir, le Klu Klux Klan les avait à l’œil, les eugénistes voulaient réduire leur nombre, un leader ouvrier les a qualifiés de « Chinese of the Eastern States » et un journal a fourni un titre pour l’ouvrage en écrivant en 1889 : « The French number more than a million in the United States…. They are kept a distinct alien race, subject to the Pope in matters of religion and of politics. Soon… they will govern you, Americans ». En réalité, les « Français » n’ont jamais constitué un danger. Les filatures ont décliné et les Franco-américains ont délaissé les « Petits Canadas » afin d’avoir accès à l’éducation supérieure et à de meilleurs emplois. Ce faisant, ils se sont progressivement assimilés et ont majoritairement perdu leur langue.

Est-ce une tragédie? Vermette aborde la question dans sa quatrième partie (Tenacity and Modernity). Il ne s’attarde pas, comme Yves Roby,  aux débats internes qui ont divisé la communauté franco-américaine pendant des décennies; pour lui, une culture franco-américaine a survécu, même si peu de Franco-américains parlent encore français.

Vermette-Dubé, Aubert + J. Saint-Pierre bet Marie

Aubert Dubé et Joséphine Saint-Pierre avec leur fille Marie (ma grand-mère) née à Brunswick en 1892

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Dans une assemblée d’artistes et d’écrivains tenue à l’Université du Maine en 2016, David Vermette avait un peu dérangé l’assistance en plaidant que les « Franco-Americans, a people so marginalized that they’re virtually invisible, need to find their voice », « should speak for themselves ». Ce n’était pourtant qu’une évidence.

Avec A Distinct Alien Race, il s’est exprimé brillamment. Son livre mérite les plus vives recommandations, tant pour le fond que pour la forme. C’est un ouvrage très sérieux, mais accessible, dépourvu de jargon et de développements méthodologiques superflus, mais par ailleurs marqué au coin d’une certaine émotion parce que l’auteur raconte finalement l’histoire de sa famille.

Une meilleure synthèse que celle de Roby sur les Franco-américains? Ce sont des approches différentes. S’il y avait une recommandation à faire aujourd’hui, ce serait de lire Vermette, …mais Roby reste utile pour approfondir certains thèmes.

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Vermette, David, A Distinct Alien Race: The Untold Story of Franco-Americans. Industrialization, Immigration, Religious Strife, Montréal, Baraka Books, 2018, 388 p.

 

Le dernier grand mandarin?

Peu de mandarins québécois nous ont laissé des mémoires. L’exercice n’est pas toujours facile pour des fonctionnaires qui ont travaillé de près avec les politiciens. Quoi dire, quoi taire? Je me souviens d’un auteur qui avait commencé à relater ses souvenirs d’aide-de-camp auprès de plusieurs lieutenants-gouverneurs. Il a abandonné devant cette difficulté. Plus « jasant » était Alfred Hardy, ancien Directeur général des achats, qui a cependant attendu 20 ans avant de livrer « un témoignage inédit » sur l’époque Duplessis (Patronage et patroneux, Libre Expression, 1979).

Vézina

Le plus prolifique des mandarins a probablement été Claude Morin, auteur de plusieurs ouvrages dont Lendemains piégés, Mes premiers ministres et Les Choses comme elles étaient (Boréal). De son côté, le premier sous-ministre des Affaires culturelles, Guy Frégault ne cachait pas trop son état d’esprit quand il a publié sa Chronique des années perdues (Leméac, 1976)…

Septentrion a publié les mémoires de Gaston Cholette (Au service du Québec, 1994) qui avait été directeur général des relations de travail et président de la Commission de protection de la langue française (https://www.septentrion.qc.ca/catalogue/au-service-du-quebec).

Plus récemment, c’était au tour de Roch Bolduc, Le Mandarin de l’ombre (https://www.septentrion.qc.ca/catalogue/mandarin-de-l-ombre-le), de rappeler le parcours d’un haut fonctionnaire relativement discret entré dans le « service public » sous Duplessis, appelé à la plus haute fonction de l’administration publique (secrétaire général du gouvernement) sous Bourassa et finalement recruté pour le Sénat par Mulroney.

Le dernier en liste est Jean P. Vézina, auteur de La fonction publique malmenée, chez Septentrion en 2018 (https://www.septentrion.qc.ca/catalogue/la-fonction-publique-malmenee), un ouvrage qui est malheureusement passé sous le radar des médias de la capitale nationale.

Économiste de formation, Jean P. Vézina a d’abord été fonctionnaire aux Finances, professeur à HEC Montréal puis sous-ministre au Développement économique et au Commerce extérieur, avant d’entreprendre une remarquable carrière de « PDG de sociétés d’État ayant besoin de vigoureux redressements », selon le mot du journaliste André Dubuc (http://mi.lapresse.ca/screens/d7205973-cd4a-4cdf-ba7b-20026be5eb32__7C___0.html)

Jean P. Vézina a dirigé la Société d’assurance automobile du Québec, la Société des établissements de plein air du Québec et la Société du Centre des congrès de Québec, mais il s’est surtout distingué comme PDG de la Société immobilière du Québec (SIQ) où il a fait un impressionnant ménage entre 1995 et 2002, sans éradiquer complément « la bête », comme l’ont démontré des enquêtes journalistiques récentes. Son livre, dit-il, doit d’ailleurs être considéré comme une demande d’enquête « permettant d’extirper la corruption qui s’est infiltrée de nouveau dans la Société immobilière du Québec ».

Les mémoires de ce grand serviteur de l’État constituent un hommage à la fonction publique. Selon lui, avec des institutions comme Hydro-Québec, la Caisse de dépôt ou la Société de l’assurance automobile du Québec, on a fait la preuve que l’État peut faire aussi bien que le privé quand il « gère dans l’intérêt du bien commun ». Malheureusement, la fonction publique qui a fait la Révolution tranquille a été malmenée (ou mal menée?).

« Ces dernières années, au fédéral comme au provincial et aussi au municipal, entre autres à Montréal, Laval et dans bien d’autres municipalités, il est clair que les gouvernements […] n’ont pas privilégié le savoir-faire de leur fonction publique. […] Le secteur public n’attire plus autant et l’État a de moins en moins les ressources techniques et professionnelles suffisantes et compétentes. On n’a pas idée comment cette perte a déjà coûté et coûtera aux citoyens. […]

L’ensemble des Québécois a un urgent besoin, au fédéral, au provincial et au municipal, de fonctions publiques professionnelles, compétentes, productives, probes et innovatrices […].Nous avons, comme nation, le devoir de conserver un État actif et progressif et une administration sans reproche en luttant âprement contre la corruption ».