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Albert Legros, artisan de Saint-Jean-Port-Joli (1863-1946)

Son grand-père, Jean-Baptiste
Le premier Legros à Saint-Jean-Port-Joli est le grand-père d’Albert, Jean-Baptiste, fils de Jean-Baptiste Legros et de Geneviève Charron, né et baptisé le 19 décembre 1803 à Boucherville. Son père était cordonnier ; sa mère était la sœur d’Amable Charron (1785-1844), de Saint-Vincent-de-Paul (île Jésus), qui est venu exécuter plusieurs contrats pour des fabriques de la Côte-du-Sud (Saint-Michel, Rivière-Ouelle, Saint-Roch-des-Aulnaies) et s’est finalement établi à Saint-Jean-Port-Joli, au début des années 1810, comme maître-sculpteur et architecte, puis comme marchand vers 1817[1].
La venue de Jean-Baptiste Legros à Saint-Jean n’est probablement pas étrangère à la présence de son oncle Amable, mais on n’a pas la preuve qu’il a travaillé pour lui.
Sa première trace dans les registres est son mariage, le 26 février 1827, avec Madeleine Tremblay, fille d’Eucher Tremblay, menuisier. L’époux est journalier, mais sa signature témoigne d’une certaine instruction.
Entre 1828 et 1849, Madeleine Tremblay donne naissance à 14 enfants dont 11 atteignent l’âge adulte et 9 se marient.
Les deux célibataires ont eu des destins différents : François Théophile a été tué accidentellement à 17 ans au cours d’une expédition de chasse à la Batture, tandis que Délima, la vendeuse de bonbons, est morte à 99 ans. Arthur Fournier et l’abbé Verreault leur ont consacré quelques pages dans leurs mémoires.
Au moins trois enfants de Jean-Baptiste sont allés vivre aux États-Unis : Norbert, Louis Édouard et Poméla. Deux autres, Tertulien et Gaspard, sont allés s’établir dans les paroisses ouvertes le long de la route Elgin.

Dans les années 1860, Jean-Baptiste tenait une maison de pension[2].

Legros, JB 1863-JQ 12 déc. pension
Il meurt à Saint-Jean le 23 mai 1896, à 93 ans, et il est inhumé deux jours plus tard.

Legros, JB 1896 décès

Legros, JB signature 1827

Tableau 1 – Enfants de Jean-Baptiste Legros dit Saint-Laurent et Madeleine Tremblay

Prénom de l’enfant Naissance
Baptême
Lieu
Mariage
Lieu
Conjoint (e) Décès
Sépulture
Lieu
Tertulien 1828-05-25
1828-05-26
SJPJ
1852-11-16
SJPJ
1867-08-19
SJPJ
1. M.-Célanire CHOUINARD
2. Henriette
CARON
1897-07-03
1897-07-05
Saint-Pamphile
Gaspard
(né Abraham)
1829-10-30
1829-10-31
SJPJ
1861-10-29
SJPJ
Caroline OUELLET -
1919-03-17
SJPJ
Lucien 1830-11-05
1830-11-06
SJPJ
1853-08-09
SJPJ
1889-11-26
SJPJ
1. Éléonore
CARON
2. M. Alarie
DUVAL
1918-12-01
1918-12-03
SJPJ
Fortunat 1832-03-30
1832-04-01
SJPJ
1858-02-15
Québec (ND)
1874-04-16
Beauport
1. Catherine CONNOR
(ou Sophie)
2. Marguerite MERCIER
1910-07-20
1910-07-22
SJPJ
Cyprien 1833-12-09
1833-12-10
SJPJ
1838-03-02
1838-03-04
SJPJ
Pierre Théophile 1835-06-27
1835-06-28
SJPJ
1838-02-20
1838-02-22
SJPJ
M. Madeleine Alphonse (ou Arthémise) 1836-10-26
1836-10-28
SJPJ
1870-08-16
SJPJ
Joseph GAGNON -
1925-10-12
SJPJ
Norbert 1838-01-26
1838-01-28
SJPJ
1861-02-11
St-Antoine-Abbé
Lina PARENT
(de Detroit)
1892-08-17
1892-08-19
SJPJ
Francois Theophile 1839-08-26
1839-08-27
SJPJ
(accident de fusil) 1856-08-28
1856-09-03
SJPJ
M. Justine Elzire Rose Delima 1841-11-15
1841-11-17
SJPJ
1941-09-07
1941-09-10
SJPJ
Louis Édouard 1843-09-12
1843-09-13
SJPJ
1871-05-15
Gardner, Mass.
Euphémie DANSEREAU 1923-06-19
Fitchburg, Mass.
Marie Pomela (ou Pomena) 1845-06-07
1845-06-09
SJPJ
1869-10-27
SJPJ
Elzéar
DARIS
1915-07-27
Ashburnham, EU
Louis Wenceslas 1846-08-30
1846-09-01
SJPJ
1846-09-17
1846-09-18
SJPJ
Marie Alvina 1849-03-26
1849-03-27
SJPJ
1880-11-23
SJPJ
Pascal FOURNIER -
1942-08-18
SJPJ



Son père, Lucien
Le père d’Albert Legros, Lucien, est né à Sant-Jean-Port-Joli le 5 mai 1830. Le 9 août 1853, il épouse Célanire Chouinard qui donne naissance à 7 enfants dont 5 parviennent à l’âge adulte et se marient (deux hommes, Albert et Lucien, et trois femmes).

Tableau 2 – Enfants de Lucien Legros et d’Éléonore Caron

Prénom de l’enfant Naissance
Baptême
Lieu
Mariage
Lieu
Conjoint (e) Décès
Sépulture
Lieu
Anonyme 1856-04-13
1856-04-14
SJPJ
1856-04-13
1856-04-14
SJPJ
Marie Joséphine 1858-12-13
1858-12-13
SJPJ
-
1863-12-03
SJPJ
Marie Emma ou Alma 1860-09-06 1860-09-06
SJPJ
1886-01-19
SJPJ
Alfred
FOURNIER
?
Albert 1863-05-17
1863-05-18
SJPJ
1885-02-10
Lévis
1898-06-14
SJPJ
1. Elmire
GAGNON
2. Alexina FRÈVE dit LALLEMAND
1946-06-20
1946-06-24
SJPJ
M. Éléonore 1866-06-25
1866-06-26
SJPJ
1890-10-28
SJPJ
Magloire
CARON
1960-08-07
1960-08-11
SJPJ
Lucien 1869-01-02
1869-01-02
SJPJ
Marié aux ÉU Georgianna LEGENDRE? 1953
Fitchburg, ÉU
M. Joséphine Émélie 1872-03-29
1872-03-31
SJPJ
1891-01-27
SJPJ
Magloire BOURGAULT 1935-10-14
1935-10-17
SJPJ

Lucien fils émigre aux États-Unis, probablement en 1888, et meurt à Fitchburg, Mass. (au nord-ouest de Boston), où il était charpentier. Il devait être assez l’aise puisqu’il a une stèle à double face dans le St. Joseph Cemetery de Fitchburg[3].

Legros, Lucien fils stèle 2 Legros, Lucien fils stèle 1

La plus jeune des filles, Émélie, épouse Magloire Bourgault, mère des célèbres sculpteurs. Ces derniers ne sont donc pas des descendants d’Amable Charron, comme on l’a écrit, mais de sa sœur, Geneviève.
Célanire Chouinard meurt le 29 avril 1889 et, le 26 novembre suivant, Lucien Legros épouse Marie-Alarie Duval, aussi appelée Valérie. Il meurt à Saint-Jean-Port-Joli le 1er décembre 1918 à 89 ans.

Albert
Albert est donc le seul enfant de Lucien à perpétuer le nom Legros à Saint-Jean-Port-Joli et il le fait de façon exceptionnelle, ses épouses ayant donné naissance à 27 enfants (en comptant Victor, né à Montréal) dont 9 avec Elmire Gagnon (épousée le 10 février 1885) et 18 avec Alexina Frève dite Lallemand (épousée le 14 juin 1898). Dix-huit enfants ont atteint l’âge adulte, dont 14 mariés, 3 célibataires et une religieuse.

Tableau 3 – Enfants d’Albert Legros et d’Elmire Gagnon (1885-1896)
et d’Alexina Frève dit Lallemand (1899-1920)

Prénom de l’enfant Naissance
Baptême
Lieu
Mariage
Lieu
Conjoint (e) Décès
Sépulture
Lieu
Elmire Joséphine 1885-12-02
1885-12-02
SJPJ
1921-01-26 Philias
FOURNIER
(remarié Q.1927)
-
1923-01-29
SJPJ
Louis-Élie-Albert 1887-03-22
1887-03-22
SJPJ
1888-09-11
1888-09-12
SJPJ
J.-Victor-Pierre, dit Victor 1888-08-10
1888-08-10
Montréal
1915-11-08
ÉU
Selda (ou Leda)
ROY
Après 1940, prob. (À Fitchburg où il était « contracteur »)
J.-Léon-Ferdinand, dit Léo 1890-05-18
1890-05-18
SJPJ
Célib.,
commis chez Lavallée
-
1966-07-25
SJPJ
Josaphat 1891-11-11
1891-11-11
SJPJ
1914-10-06
SJPJ
1954-02-17
SJPJ
1. Albertine
BERNIER
2. Mercédès
BERNIER
1957-12-05
1957-12-09
SJPJ
(menuisier-charp.)
Sylvio (Serius au rec. 1901) 1892-11-18
1892-11-18
SJPJ
1917-12-24
MTL
Emma
GAGNÉ
Après 1957. (Ouvrier en métal à MTL, puis vécut en Ontario)
Charles Raoul 1893-10-19
1893-10-19
SJPJ
1893-10-21
1893-10-22
SJPJ
Jean-Baptiste 1894-12-31
1894-12-31
SJPJ
? Aux ÉU
François-Xavier 1896-04-08
1896-04-09
SJPJ
1916-12-30
Cyrville (Ont.)
Rose
LADOUCEUR
Après 1957
Deuxième lit
Albert-Louis Philippe 1899-04-16
1899-04-16
SJPJ
1901-03-16
1901-03-17
SJPJ
Henriette Alexina 1900-03-27
1900-03-27
SJPJ
1922-11-21
Sault-Ste-Marie
Fred
SACHRO
1974
Ontario
Alphonse-Gabriel 1901-06-24
1901-06-26
SJPJ
1901-07-13
1901-07-14
SJPJ
J. Charles Léopold 1902-07-12
1902-07-12
SJPJ
1935-03-14
Québec
Jeanne VAILLANCOURT -
1977-08-15
SJPJ
M. Jeanne Albertine 1903-09-04
1903-09-04
SJPJ
1970 ?
Montréal
Juliette Hermance Laurentia 1904-09-15
1904-09-15
SJPJ
(Servante chez un Sirois à Ste-Anne. V. rec. 1921) ? Célibataire -
1923-09-03
SJPJ
Thérèse-Julie-Héléna 1906-02-13
1906-02-14
SJPJ
1906-09-28
1906-09-29
SJPJ
Albert Rolland 1907-03-28
1907-03-28
SJPJ
1940-12-02
Québec
Antonia RICHARD -
1958-12-16
SJPJ
Samuel André 1908-12-30
1908-12-31
SJPJ
1941-11-19
SJPJ
Gertrude MIVILLE 1993-12-12
1993-12-14
SJPJ
Marie-Éliane (au rec. 1911 : Liliane) 1910-02-21
1910-02-21
SJPJ
1913-11-06
1913-11-07
SJPJ
Jean-Julien 1911-06-17
1911-06-17
SJPJ
1911-08-29
1911-08-30
SJPJ
Dominique Henri 1912-10-03
1912-10-04
SJPJ
1945-06-16
Québec
Yvette
ROBITAILLE
1953-03-08
1953-03-11
SJPJ
Maurice Léonard 1913-12-28
1913-12-28
SJPJ
1938-10-12
SJPJ
Léonie
DUBÉ
-
1993-04-10
SJPJ
Marianne-Germaine 1915-07-05
1915-07-06
SJPJ
1918-11-06
1918-11-07
SJPJ
Jos. Louis Victor André 1916-08-03
1916-08-03
SJPJ
1916-12-15
1916-12-17
SJPJ
Jeanne Émérentienne 1917-09-18
1917-09-18
SJPJ
Sœur St-Joseph
de St-Vallier
1943-01-02
2008-01-11
2008-01-14
Québec
Cécile Geneviève 1918-11-16
1918-11-17
SJPJ
1948-07-12
SJPJ
Rosario
ROBICHAUD
1983-01-28
1983-01-31
SJPJ
Madeleine 1920-06-01
1920-06-01
SJPJ
1941-08-18
(N.-D. de Québec)
Léonard
JOUBERT
1993-02-11
-
Montmagny

Il serait difficile de suivre à la trace cette vingtaine d’enfants, dont plusieurs ont quitté leur paroisse natale.

Les plus vieux ont été attirés par les États-Unis et deux y sont restés.
Joséphine a séjourné à Fitchburg de 1904 à 1907, comme le précise sa déclaration lorsqu’elle y est retournée, via Swanton, le 5 avril 1909[4]. Elle est couturière (seamstress) et dit se rendre chez Lucien Legros fils, son oncle, qui demeure au 63, Columbus St.

Legros, Josephine 5 avril 1909

Elle se propose de rester de façon permanente, mais elle revient (entre 1915 et 1921) et se marie à Saint-Jean-Port-Joli en 1921.

En mars 1910, les frères Victor (21 ans), « Josepha » (19) et Jean-Baptiste (16) entrent aux États-Unis par Newport.

Legros frontière Newport 22 mars 1910

Les trois en sont à leur premier séjour. Ils se rendent chez leur sœur Joséphine à Fitchburg, et se proposent de demeurer aux États-Unis de façon permanente[5].

Legros, Victor 1910

Legros, Josaphat 2024-09-07 195411

Legros, JB 1910 215532

Josaphat est revenu et s’est marié en 1914. Victor est resté. Selon sa carte d’enregistrement, il était charpentier pour les frères Fournier en 1917[6]. On le trouve encore au recensement de 1940, « contracteur » à Fitchburg, et en 1953, date de la mort de son demi-frère Henri.

Legros, Victor Enregistrement 1917

Jean-Baptiste s’est établi à Leominster, près de Fitchburg, où il a travaillé comme pressier (press worker) pour Viscoloid Co., une entreprise qui fabriquait des objets en plastique[7].

Legros, JB 2024-09-01 181207 Legros, Jean-B. 1925

En 1915, Léo est aussi allé chez sa sœur Joséphine, qui résidait alors à Leominster[8]. Il n’y est pas demeuré, car on le retrouve commis chez Lavallée, à Saint-Jean-Port-Joli, au recensement de 1921.

Legros, Léo 2024-09-01 201206

Sylvio et François-Xavier iront vivre en Ontario. Ils sont décédés après 1957. Sylvio a connu précédemment des difficultés matrimoniales à Montréal car il annonce dans La Presse du 26 juillet 1946 qu’il n’est plus responsable des dettes de sa femme!

Legros, Sylvio Presse 26 juillet 1946

Les enfants du « deuxième lit » ont été moins nombreux à quitter Saint-Jean.

Henriette s’est mariée et est allée vivre en Ontario où elle est morte en 1974[9], Léopold et Albertine sont allés vivre à Montréal et Jeanne est entrée en religion. Josaphat et ses fils ont continué la tradition de la charpenterie.

Legros, Henriette 2024-09-01 203731Stèle d’Henrietta.

Une lignée d’artisans
Albert Legros poursuit la lignée des artisans Legros à Saint-Jean-Port-Joli.
Fils de cordonnier, son grand-père Jean-Baptiste était le plus souvent identifié comme « menuisier », mais comme « charpentier » à son décès. Dans le recensement de 1851, comme si le recenseur était parti sur son élan, les cinq plus vieux de ses enfants (même Arthémise…) sont aussi marqués « menuisier ». Même Édouard qui a 9 ans.
Dans les registres des naissances, Lucien est désigné comme « menuisier » ou « ouvrier », mais, dans les recensements (1871-1901), il est le plus souvent inscrit comme « charpentier », sauf en 1851 où il est « horloger ».
Le métier d’Albert varie avec le temps dans les registres. Au XIXe siècle, il passe de « menuisier » à « mécanicien », à « charpentier », à « ouvrier » et même à « industriel » ; par la suite, on revient à « menuisier », mais, dans les recensements, c’est généralement « charpentier », de 1881 à 1931 (dernier recensement accessible), sauf en 1911 où on le dit « peintre ». À noter qu’on ne voit jamais, sauf erreur, le titre de navigateur ou de marin dans ces documents (registres et recensements).
Cette diversité illustre bien la polyvalence de cette lignée dont il faudrait étudier les réalisations avec plus de profondeur (au moyen des documents notariés, entre autres) et on ne trouvera ici qu’un bref survol, un bien mince état des réalisations de ces trois hommes et de leurs frères, car plusieurs autres Legros ont pratiqué les mêmes métiers.
Dans son Mémorial, Arthur Fournier écrit que Lucien Legros avait, sur l’emplacement du quai, un chantier « où fut construit [sic] par lui, ses frères et leur vieux père [Jean-Baptiste] plusieurs bricks qu’ils allaient vendre ensuite en Europe. On y construisit aussi plusieurs belles goélettes qui furent également vendues un peu partout ; ce qui donnait à ce petit coin de nos rives un air d’activité qui était loin d’être désagréable[10] ».
« Plusieurs », c’est vague. On sait malheureusement peu de choses sur la construction navale à Saint-Jean-Port-Joli. Dans Les goélettes à voile du Saint-Laurent (L’Islet-sur-mer, Musée maritime Bernier, 1982), Alain Franck a recensé les navires à voiles construits dans chaque village entre Montmagny et Rivière-du-Loup de 1860 à 1930.

Tableau 4 – Navires à voile construits à Saint-Jean-Port-Joli de 1860 à 1930
(d’après le dépouillement des enregistrements fait par Alain Franck)

Enreg. Nom Date Long. Larg. Prof. Tonn. Constructeur
46-186 Élie 1861 57.0 20.0 6.1 40
58-875 Catherine 1866 66.5 21.0 7.9 60
52-850 Marie-Célina 1866 55.0 16.9 7.4 38
59-934 Joséphine 1869 65.0 22.2 5.1 51
59-932 Salomée Amédée 1869 51.0 16.0 6.2 29
69-649 Marie-Louise 1873 34.0 11.5 5.0 10
69-369 Rose-Anna 1874 45.2 16.5 6.5 29
73-044 Marie-Ste-Anne 1875 60.5 17.9 8.0 46
69-659 St-Joseph 1875 39.0 15.0 6.0 17
74-277 Trois-Saumons 1876 67.0 19.0 5.0 45
75-6676 Marie-Sarah 1877 51.8 17.0 6.8 37
85-855 Alma 1882 31.2 11.0 4.3 9
85-758 Varuna 1883 51.0 14.0 6.0 23
103-370 Adjutor* (à Trois-Saumons) 1895 60.6 20.5 5.4 41
107-234 St-Joseph Trois-Saumons* 1898 49.8 18.2 5.6 27
*Sloop

À Saint-Jean[11], il a compté 15 navires, soit 13 goélettes et 2 sloops (un navire muni d’un seul mât), dont un à Trois-Saumons, mais aucun brick. Y en a-t-il eu avant ? Franck s’appuie sur les enregistrements maritimes, mais est-ce qu’on a pu construire des navires sans les enregistrer ? Ça pourrait être le cas de navires de faible tonnage ou de navires disparus en mer avant d’être enregistrés, écrit-il[12]. Aurait-on pu aussi exporter des bricks (qui sont de plus fort tonnage que les goélettes et beaucoup moins nombreux) sans les enregistrer ?
À Saint-Jean, la majorité des 15 navires ont été construits par Lucien Legros (sept) et son frère Gaspard (un)[13]. Il est possible qu’ils aient aussi participé à la construction de navires enregistrés par d’autres personnes (comme le marchand Burke) qui n’étaient pas les véritables constructeurs. Et nul doute que leurs enfants ont collaboré à leurs travaux.
Dans son Historique du chenal du sud dans l’estuaire moyen du Saint-Laurent, Jean Parent a ajouté six navires construits entre 1823 et 1856, soit deux goélettes et quatre brigantins, un navire qui n’a de voiles carrées qu’au mât de misaine alors que le brick en porte à ses deux mats. Un seul de ces brigantins est attribué à Lucien Legros, mais il a pu en construire d’autres, tel que mentionné précédemment[14]. À noter que Jean Parent s’appuie sur les recherches de Paul Terrien qui n’a pris en compte que les navires de plus de 100 tonneaux, ce qui exclut probablement plusieurs petits bâtiments.

Tableau 5 – Navires à voile construits à Saint-Jean-Port-Joli de 1820 à 1860
(d’après la compilation de Jean Parent)

Date Nom Type Constructeur
1823 Caroline Goélette deux-mats Jean-Marie Bélanger
1824 True Friend Brigantin Jean-Marie Bélanger
1825 Faith Brigantin Jean-Marie Bélanger
1825 Caroline Goélette deux-mats William Price
1854 Jean-Baptiste Brigantin Lucien Legros
1856 St-Jean-Baptiste Brigantin

Le premier tronçon du quai, en 1877, fut construit « sous la direction de Lucien Legros, charpentier de navire[15] ». En 1913, Legros est nommé « maître du quai » par le gouvernement fédéral ; le titre du Soleil du 27 janvier (« Des places pour les bleus ») laisse entendre que ce serait une récompense politique. C’était un observateur du fleuve, écrit l’abbé Verreault : « Casquette de marin bien plantée sur la tête, barbe blanche en collier, voix forte et rocailleuse, c’est ainsi que j’ai connu l’ancêtre Lucien Legros, marin alors à la retraite et surveillant du fleuve lui aussi[16]. »
Vers 1895, une sorte de kiosque fut érigé dans le cimetière « au-dessus du Christ en croix afin de le préserver de la pluie ». Fournier précise que le plan de ce kiosque « fut dessiné par Albert Legros, artiste-menuisier et exécuté par lui et Ernest Bernier, maître-menuisier et frère de l’architecte Charles Bernier de Montréal. Ce léger et élégant ouvrage contribue à donner du relief à notre cimetière qui, aujourd’hui est de l’avis de tous ceux qui le visitent, l’un des plus beaux du bas de Québec[17] ».
Albert Legros était parmi les menuisiers qui ont travaillé à la construction du couvent en 1903 ; son père, Lucien, était un des calfats[18].

Banque et personnages
Lucien Legros, 2e à gauche; Albert, 1er à droite.

En 1905, une banque est ouverte à Saint-Jean. Fournier précise : « Un grand comptoir vitré d’un travail très remarquable fait de merisier, frêne et noyer noir, dut [sic] à l’habileté et au bon goût de l’artiste-ébéniste […] Albert Legros, fut dressé à partir du mur de l’est, venant à l’ouest dépassant la porte d’entrée, puis faisant un coude à angle droit venait rejoindre le mur sud, et à cet endroit une porte de la même hauteur du comptoir s’ouvrait pour le passage du gérant et des commis[19] ».
En 1922, Albert Legros, aidé de son fils Josaphat et de plusieurs autres journaliers, réalise le perron en asphalte de l’église et de la sacristie[20].
L’abbé Verreault écrit qu’Albert Legros « avait un talent remarquable pour la menuiserie. Il ajoutait aux travaux pour une clientèle nombreuse la fabrication d’au moins une chaloupe par année[21] ».
Vers la fin de sa vie, au moment où la sculpture prend son essor à Saint-Jean-Port-Joli, Albert Legros s’adonne à diverses formes d’artisanat. Un correspondant de La Presse le « découvre » en 1932 :

« Voici que l’on vient de signaler à l’attention du public un compatriote de Médard Bourgault qui, s’il n’a pas son genre en statuaire, n’en est pas moins remarquable par son ingéniosité, son habileté, sa patience dans les travaux de fine menuiserie, comme dans ceux du fer, du plomb, etc. Ce nouvel artiste de Saint-Jean-Port-Joli est M. Albert Legros, oncle de Médard Bourgault. M. Legros est charpentier, menuisier, ébéniste, maçon, plombier, serrurier, etc. Et il n’y a pas pour lui de secrets dans tous ces métiers : il est de plus un dessinateur de très grande habileté ; en outre, un ancien constructeur de navires ce qui fait qu’il aime de préférence à dessiner des navires de toute nature.
Car c’est grâce, sans doute, à ce dernier métier, qu’il a exercé dans sa jeunesse, qu’il vient de terminer la construction patiente et longue d’un bateau-bijou qui lui a coûté plus de 500 heures d’un travail ardu, appliqué et réfléchi. C’est un ancien navire, un trois-mât carré qui mesure quarante-deux pouces de pont, et trente-deux de quille, dont le grand mât atteint une hauteur de trente-huit pouces. C’est un chef-d’œuvre de patience, d’habileté, d’ingéniosité, d’observation. Et tout dans ce petit navire fonctionne avec une précision mathématique. On tire un câble — une ficelle, en l’occurrence, — et aussitôt une vergue s’élève, s’incline ou s’apique. Rien ne manque. C’est une œuvre de première valeur[22] ».

Legros, Albert La Presse 31-08-1932-2

L’Événement du 1er juin 1932 rapporte que Legros a refusé « une belle offre » pour son bateau et qu’il est en train de négocier « un bon bargain » avec un Américain par l’entremise de son neveu Médard Bourgault. En août, il expose son œuvre à l’Exposition de Québec. La Presse du 31 août 1932 (sous le titre « Village célèbre dans l’art de la sculpture ») publie une photographie d’Albert avec son œuvre et ne tarit pas d’éloges envers l’artisan de Saint-Jean-Port-Joli : « Ici, c’est l’ébéniste à la mode, le menuisier expert, le charpentier de navire renommé ; il est habile dessinateur et conserve vigoureusement toutes ses facultés physiques et son imagination d’artiste-né ». Le deux-mat miniature vaut à son auteur une médaille d’argent dans la catégorie « Arts appliqués[23] »
Deux ans plus tard, un correspondant anonyme (qui pourrait bien être Gérard Ouellet) fait aussi l’éloge de Legros sculpteur :

« À propos de sculpture sur bois, ajoutons ici que M. Albert Legros, l’oncle de nos amis [les frères Bourgault], a pratiqué cet art avec beaucoup de succès, lui aussi, au cours de I’hiver dernier. II a sculpté toute une quantité de choses ravissantes : des écussons divers, des motifs purement canadiens, des sujets symboliques, où figurent le castor et la feuille d’érable, des ancres superbes enroulées de cordages, avec le portrait de Jacques Cartier à même, et jusqu’à des arbalètes moyen-âge ; tout cela sculpté en relief, et avec quel succès ?… C’est cet été qu’on va célébrer, avec tout l’éclat possible, le 4ième centenaire de la découverte du Canada ; les visiteurs, les touristes pourront donc trouver, chez M. Legros, de vrais beaux souvenirs de la fête[24] »

Albert Legros est décédé le 20 juin 1946. Le Soleil lui a consacré trois lignes le 5 juillet et il ne semble pas y avoir de compte rendu des funérailles. Une rue de Saint-Jean-Port-Joli porte le nom de Legros et honore l’ensemble de la famille. Albert lui-même aurait mérité mieux.

Legros, Albert 1946 décès Le Soleil 5 juillet

Legros, Albert 1898 signature

 


[1] Sur Charron, voir Gaston Deschênes Amable Charron et Chrysostôme Perrault, sculpteurs de Saint-Jean-Port-Joli, La Pocatière, Société historique de la Côte-du-Sud, 1983, 125 p. (Cahiers d’histoire ; 18).

[2] Journal de Québec, 12 déc. 1863

[10] J. Arthur Fournier, Mémorial de Saint-Jean-Port-Joli, Saint-Jean-Port-Joli, Musée de la mémoire vivante, 2012, p. 397.

[11] Alain Franck, Les goélettes à voile du Saint-Laurent, L’Islet-sur-mer, Musée maritime Bernier, 1982, p. 145-151.

[12] Ibid., p. 11.

[13] Ibid., p. 17.

[14] Historique du chenal du sud dans l’estuaire moyen du Saint-Laurent, Saint-Jean-Port-Joli, 2018, p. 216.

[15] Fournier, op. cit., p. 397.

[16] Jean-Julien Verreault, « Distractions après l’école à Saint-Jean-Port-Joli, 1904-1910 », dans Terre de nos aïeux, les Verreault à Saint-Jean-Port-Joli, Texte polycopié, 1983, p. 2.

[17] Fournier, op. cit., p. 385.

[18] Ibid., p. 358.

[19] Ibid., p. 394.

[20] Ibid., p. 377.

[21] Jean-Julien Verreault, loc. cit.

[22] Sainte-Foy (probablement Damase Potvin), « Qui pensera à eux ? », La Presse, 18 mai 1932.

[23] L’Événement, 9 septembre 1932.

[24] « Saint-Jean-Port-Joli », L’Événement, 18 mai 1934.

Trois nonagénaires décédés en 2025

L’année 2025 a été marquée par le décès des trois nonagénaires de ma famille, Monique (1928-1925) et Luc Deschênes  (1926-1925) ainsi que Suzanne Caron (1933-1925), sœur de ma mère.

Il n’y a plus d’oncles et de tantes, « d’un bord comme de l’autre ». Les neveux et nièces sont maintenant en première ligne.Numérisation_20250719Il a fallu plus d’un siècle pour que ces deux fratries s’éteignent. Ils étaient nombreux au départ et les derniers témoignent d’une meilleure espérance de vie.

Caron

Auguste Caron et Marie-Flore Giasson se sont mariés en 1910 et ont eu 14 enfants dont 11 ont atteint l’âge adulte.

Caron, vve+ enfants d'Auguste. 1945 b

La famille dans une studio de photographie lors du mariage de Lucienne en 1945. Première rangée, Suzanne, Marie-Flore Giasson (veuve d’Auguste Caron), Thérèse, Laurent (décédé en 1948); 2e rangée : Claude, Simonne, Antoine, Augustine, Lucien, Lucienne, Rosaire, Germaine, Marcel. Marie-Jeanne, alors chez les sœurs de Saint-Joseph de Saint-Vallier, est absente.

Ordination 1953-famille Caron

 

Huit ans plus tard, lors de l’ordination de Marcel, en 1953. Première rangée : Germaine, Marie-Flore Giasson, Marcel, Marie-Jeanne; 2e rangée : Simonne, Augustine, Lucienne, Suzanne (qui sera plus tard oblate missionnaire de Marie-Immaculée), Thérèse; 3e rangée : Lucien, Claude (alors dans la marine), Rosaire et Antoine.

Deschênes

Mariées en 1914, Albert Deschênes et Marie Dubé ont eu 13 enfants, dont 11 ont atteint l’âge adulte.

Famille Albert 1946

Devant la maison familiale probablement en 1947. Première rangée : Albert, Céline, Marie Dubé; 2e rangée : Thérèse, Monique, Paul-Émile (ordonné en 1947), Luc (alors au collège), Marthe; 3e rangée : Antonio, Hubert, Lucien, Roger, Marc-Arthur.

Famille Albert 1952

Lors du mariage de Marthe en 1952. Première rangée : Paul-Émile, Albert, Marthe, Marie Dubé, Luc (alors séminariste); 2e rangée : Antonio, Roger, Thérèse, Monique (des sœurs de Saint-François d’Assise, dont la photo a été ajoutée), Hubert, Céline (qui sera aussi sœur de Saint-François d’Assise), Lucien et Marc-Arthur.

 

Calixa Lavallée, père et fils

Le 30 juin 2024, une stèle funéraire a été érigée dans le cimetière du Bord-de-l’eau de Saint-Jean-Port-Joli en mémoire de Calixa Lavallée, le fils du compositeur de l’hymne national Ô Canada, décédé dans cette paroisse en 1883. L’antiquaire Raynald Saint-Pierre caressait ce projet depuis longtemps et s’y intéressait d’autant plus qu’il habite depuis plus d’un demi-siècle la maison où le jeune Lavallée a brièvement demeuré, au début des années 1880, avec sa mère, sa grand-mère et son jeune frère Raoul[1].

Stèle Calixa fils-haut

En 1923, dans son Mémorial de Saint-Jean-Port-Joli, Arthur Fournier déplorait l’absence de stèle marquant le lieu d’inhumation du jeune Calixa[2]. Gérard Ouellet, dans Ma paroisse (1946), croyait qu’on aurait pu ainsi « honorer la mémoire du père[3] ».

Mais, justement, comme l’écrivait Ouellet, où était « ce curieux de bonhomme [qui] demeure aux États-Unis tandis que sa famille est à Saint-Jean-Port-Joli » ? Et comment les Lavallée se sont-ils retrouvés là sans le « chef de famille » ?

La vie d’artiste
Né à Verchères en 1842, Calixa Lavallée (né Calixte Paquet dit Lavallée) faisait carrière aux États-Unis quand il se marie, à Lowell, le 21 décembre 1867.
Lavallée, C OP, 13 mars 1873           Lavallée, mme UL-P354-cadrée

Calixa Lavallée (L’Opinion publique, 13 mars 1873); madame Lavallée (Archives de l’U. Laval, P354, c.1866)

Le nom de l’épouse est resté mystérieux. Le dernier et plus sérieux biographe de l’artiste, Brian C. Thompson[4], ne semble pas s’être attardé à cette question que les historiens universitaires laissent volontiers aux généalogistes… Même si le registre des mariages de la St. Ann’s Episcopal Church, à Lowell, et le registre civil[5], de même que le New York Clippers’ du 4 janvier 1868 désignent l’épouse comme « Josephine Gentilly », Thompson laisse entendre dans une note (p. 411, note 32) que le père pourrait plutôt s’appeler « Gentle », un nom que les archives militaires déforment parfois en « Gentill », ce qui pourrait peut-être mener à « Gentilly », nom sous lequel madame Lavallée est identifiée dans plusieurs actes d’état civil. Quant à la mère de Joséphine, le registre civil ne donne qu’un prénom : Elizabeth. Au recensement de l’État de New York, en 1875, elle se nomme « Elisabeth Johnson »; dix ans plus tard, dans le Boston Directory de 1885[6], à la même adresse que Calixa, c’est la veuve « Elizabeth Gentley », un patronyme qui se serait transformé ici pour devenir « Gentilly ».

Joséphine, recensement 1875 manuscrit

Recensement de 1875, État de New York.

Gentley, É. 1885

Boston Directory, 1885

Le mariage de Lavallée ne signifie pas l.a stabilité ni la sédentarité. Le soir des noces, la troupe de Lavallée, les New Orleans Minstrels’, est en scène et, le lendemain, elle reprend sa tournée. Le couple demeure d’abord à Boston, où Calixa Lavallée enseigne et compose, mais il voyage aussi beaucoup. Quand un premier fils, Calixa, naît à Lawrence, Mass., le 20 septembre 1868, le père est en tournée à Montréal[7].
Le couple a ensuite eu une fille, Rose (oubliée par le biographe), née à Lawrence et morte du cholera le 9 juillet 1870 à deux mois et demi[8].
Déçu par un projet d’opéra avorté en 1872, Lavallée décide de poursuivre sa carrière à Montréal où sa femme le rejoint en 1873… mais il part aussitôt étudier à Paris. Thompson n’en parle pas dans sa biographie, mais il semble bien que Joséphine a séjourné à Wilton, près Saratoga, NY, pendant l’absence de Calixa. Au recensement de 1875, réalisé au début de l’été, elle vit chez sa mère, que le recensement nomme « Élizabeth Johnson » (sans qu’on sache si c’est son nom ou celui de son mari défunt), avec son fils Calixa, 6 ans. Les deux femmes sont couturières. Chose étonnante, le musicien Calixa est aussi recensé avec elles alors qu’il se trouve à Paris.
Revenu à Montréal à l’été 1875, Lavallée travaille quelques années avec le violoniste Frantz-Jehin Prume et sa femme, la soprano Rosita del Vecchio. Il est aussi maître de chapelle de la paroisse Saint-Jacques.
À Montréal, le couple vit d’abord chez le père de Calixa qui exploite une lutherie et importe des instruments de musique. Vers 1876, il emménage au 82, Cathcart. C’est l’année de naissance d’un deuxième garçon, né le 10 juin et baptisé Joseph François Augustin à Notre-Dame le 11. Cet enfant meurt lui aussi en bas âge, le 2 août, et le registre le nomme « Auguste Frs Joseph » lors de l’inhumation le 4. Son père est identifié comme « artiste ».

Lavallée, Aug. naissance

Lavallée, Aug. décès

Naissance et décès d’Augustin, 1876.

En 1878, Calixa prend une chambre à Québec en vue d’y poursuivre sa carrière. Organiste de l’église Saint-Patrick, il fréquente l’élite de la Vieille Capitale. En 1879, il compose une cantate en l’honneur du marquis de Lorne, nouveau gouverneur général du Canada.
Il aurait passé environ un an loin de sa femme. Comme Thompson le souligne, ni son anniversaire de naissance, ni son 10e anniversaire de mariage, ni la période des Fêtes ne semblent avoir favorisé un rassemblement familial : « Lavallée had been married for eleven years but bachelorhood suites him, judging by the frequency with which he was able to regain it. After so many years on the road, he was used to being in the company of other men[9] » (Lavallée était marié depuis onze ans, mais le célibat lui convenait, à en juger par la fréquence avec laquelle il parvenait à le retrouver. Après tant d’années sur la route, il était habitué à être en compagnie d’autres hommes).
En 1879, la famille est réunie au 22, rue Couillard, mais, à l’automne, elle déménage à Lévis (probablement pour se loger à meilleur coût) où Calixa fils est entré au collège en avril 1879, selon les informations très précises communiquées à Gérard Ouellet par monseigneur Élias Roy :

À ce moment, son domicile était 22, rue Couillard, Québec. L’enfant avait dix ans, et sa mère s’appelait Joséphine Gentilly. Le jeune Lavallée revint encore l’année suivante et il fit sa Première. Il mourut le 12 août 1883 à Saint-Jean-Port-Joli où demeurait sa mère pendant que le père était aux États-Unis. Il fut inhumé le 14 août 1883.
M. l’abbé Gaudiose Turgeon qui avait la mémoire des noms et des dates m’a toujours dit que le jeune Calixa Lavallée était encore élève du Collège au moment de sa mort. Mais je n’ai rien trouvé dans les livres du Collège pour confirmer cette assertion[10] .

Un deuxième fils, Raoul Arthur, naît à Lévis le 2 janvier 1880. À son baptême, le 4 janvier, la mère est identifiée comme « Joséphine de Gentilly ».

Raoul naissance acte

À Boston, sans Joséphine
L’année 1880 est aussi marquée par la composition et la première exécution (le 24 juin) du « Chant national des Canadiens français » qui deviendra officiellement, un siècle plus tard, l’hymne national du Canada. Mais, malgré la renommée, la situation financière de Lavallée ne s’améliore pas, ni sa santé, et il décide d’aller reprendre sa carrière aux États-Unis. Installé de nouveau à Boston à la fin de 1880, il connaît des années fructueuses, malgré les premières manifestations de la laryngite tuberculeuse qui l’emportera : il donne des concerts avec Jehin-Prume et Rosita del Vecchio, son opéra-comique The Widow est présenté dans quelques villes, il accompagne en tournée la soprano hongroise Etelka Gerster, il est pianiste sur un traversier de la Colonial Line entre Boston et New York, propriétaire d’un studio à Boston, professeur à l’académie de musique Carlyle Petersilea, maître de chapelle à la cathédrale catholique Holy Cross, auteur d’une satire musicale TIQ (The Indian Question Settled at Last)…
Quels arrangements a-t-il pris pour sa famille ? Quels contacts a-t-il maintenus ? Quel soutien prévoit-il lui apporter ? La documentation manque, mais on comprend que ce fut minimal.
À l’été 1880, la famille est revenue de Lévis et loge au 12, Sainte-Ursule.

12, Sainte-Ursule en 2022

Le recensement de 1881 (commencé au printemps) le confirme, même si les entrées sont un peu de travers[11].

Joséphine Recensement québec 1881

Le ménage compte cinq personnes, y compris la servante Luce Mercier, 25 ans. Il y a

  • Joséphine, identifiée comme « Calixa Lavallée », 31 ans, née aux États-Unis,
  • « Calixa Lavallée », 12 ans, mais identifiée comme une fille,
  • un enfant d’un an appelé « Lawrence », qui est évidemment Raoul,
  • et « Élizabeth Gentilly », la mère de Joséphine, 56 ans, protestante, née aux États-Unis.

Publié au milieu de l’année 1881, l’annuaire Cherrier ne mentionne plus la présence de la famille Lavallée à Québec, ce qui confirme son départ pour une autre destination, probablement au cours de cette année. En 1946, Gérard Ouellet n’avait pas d’explication pour cette migration et, 70 ans plus tard, Thompson était au même point. Par quel hasard la famille Lavallée s’est-elle retrouvée à Saint-Jean-Port-Joli, 100 kilomètres en bas de Québec, hébergée par un cordonnier? Il y avait bien des Lavallée dans cette paroisse, mais ils n’avaient aucune parenté avec Calixa[12].
Dans son article de 1943, Ouellet glisse une phrase énigmatique au sujet de la présence de madame Calixa Lavallée à Saint-Jean : « M. Damase Potvin, écrit-il, publiera peut-être quelque jour une lettre de Lavallée à son ami Joseph Marmette, qui éclaircira ce point ». À ce jour, cette lettre n’a pas été retrouvée.

Joséphine et ses enfants à Saint-Jean-Port-Joli
À Saint-Jean-Port-Joli, à cette époque, le cordonnier Léandre Dutremble dit Desrosiers (1824-1917) partage sa maison avec Louis Morency (1854-1948), originaire de L’Islet, à qui il apprend le métier.
Desrosiers est veuf depuis 1872, et n’a pas d’enfant. Il a adopté Louis Morency, son neveu, devenu orphelin de père à deux ans, et lui a enseigné le métier dès son jeune âge. En 1881, Louis partage encore son temps entre la cordonnerie et la pêche à la morue sur la Côte-Nord d’avril à octobre[13].

Desrosiers Recensement SJPJ 1871

 

Recensement de Sainte-Jean-Port-Joli, 1881.

Le cordonnier Desrosiers a construit sa maison vers 1845 (auj. au 129, avenue de Gaspé est). Elle comprend neuf pièces sur deux étages habitables. Au XIXe siècle, la boutique est dans une petite chambre au deuxième étage. La rallonge, qu’on peut voir aujourd’hui à l’ouest, n’a été construite qu’en 1905[14].

Cordonnerie 1930 - Albun 300, p123 C. privée     Maison cordonnier

Maison du cordonnier en 1930 (Album du tricentenaire) et en 2024.

Pour son article de 1943, Ouellet a interrogé quelques anciens de Saint-Jean-Port-Joli qui ont connu les Lavallée. Leurs souvenirs sont souvent hésitants (deux ou trois enfants, séjour de deux ou trois ans ?), mais ils confirment leur présence et leur situation précaire. Alexandrine Desrosiers, fille d’Hospice et nièce de Léandre Desrosiers, a recueilli des informations auprès de Louis Morency, alors nonagénaire, et les a résumées à Ouellet :

La mère de madame Lavallée [que les gens appelaient Gentil] vivait avec elle. Durant ce temps, son mari était malade quelque part, on ne sait où. Les premiers temps, madame Lavallée gardait une servante. Par la suite, les deux dames faisaient leur ouvrage. Mon oncle était veuf et mangeait à leur table, ainsi que Louis Morency, lorsqu’il était à la maison. […].
Ils [les Lavallée] sont partis bien pauvres laissant une dette de trente piastres. Le curé Lagueux avait poussé mon oncle à les faire partir de crainte qu’ils ne finissent par “tomber” sur la paroisse[15].

On sait déjà que le jeune Calixa n’a pas poursuivi ses études au Collège de Lévis après 1880 et n’a pas fréquenté le collège de Sainte-Anne non plus.
L’épouse de Louis Morency raconte, pour sa part, qu’en emménageant chez Desrosiers, après son mariage en 1883, « elle trouva dans la maison une immense boîte remplie de travaux faits à la main par ces dames ». Ouellet croit que ces ouvrages d’art domestique pourraient avoir été laissés pour couvrir la dette envers le cordonnier.
Les Lavallée sont ensuite hébergés chez le ferblantier François-Xavier Kirouac (originaire de L’Islet) qui demeurait dans une maison qui sera ensuite celle d’Auguste Blanchet[16], un peu à l’est de la maison des Dumas (devenue plus tard l’Hôtel Touriste).

Le décès de Calixa Lavallée fils

Lavallée, Calixa fils recto UL-P354 cadrée  Calixa fils (Archives de l’U. Laval, P 354)

 

Le 15 août 1883, au moins trois journaux de la capitale (dont L’Électeur), annoncent le décès de Calixa Lavallée fils :

— Notre ancien concitoyen M. Calixa Lavallée, le pianiste distingué, résidant actuellement à Boston, vient de perdre son fils ainé. Dimanche, le jeune garçon, âgé de près de 15 ans, est mort à St Jean Port-Joli. Il avait contracté une maladie mortelle en prenant un bain quelques jours auparavant, de suite après avoir mangé.

Le Canadien donne plus de détails :

II y a quelques jours environ, un enfant plein de santé, allait prendre un bain. Au sortir de l’eau, il se sentit indisposé, et le soir il prenait le lit pour ne plus le quitter. Voilà en deux mots l’histoire de la mort du fils aîné de M. Calixa Lavallée, notre distingué compatriote, actuellement à Boston. Cette mort prématurée a été, il n’y a pas doute, la suite d’une imprudence. Quelques instants avant d’aller prendre son bain, le jeune Lavallée avait mangé beaucoup de fruits et l’on sait que le bain, dans ces circonstances est généralement très dommageable.

Malgré « les soins assidus et habiles des Dr. Roy, père et fils », le malheureux aurait succombé à une « inflammation des intestins ».
A-t-il été bien soigné ? Gaspard Dumas (qui était bien jeune, mais demeurait près de la maison du ferblantier Kirouac) confiait à Ouellet que « le jeune Lavallée fut emporté par des coliques cordées (appendicite aiguë). Il avait l’abdomen démesurément enflé ; on le réchauffait quand il eût fallu du froid. L’enfant souffrit le martyre[17] ».
Mort le 12 août, Calixa Lavallée fils est inhumé le 14, quatrième sépulture dans le nouveau cimetière de Saint-Jean-Port-Joli. Il a laissé le souvenir d’un enfant turbulent, « la moitié du diable », selon Gaspard Dumas, qui n’avait que huit ans au décès du jeune Calixa.

Calixa fils -décès acte

Joséphine et Calixa à Boston
Joséphine aurait quitté Saint-Jean-Port-Joli peu de temps après la mort de son fils. Elle n’aurait donc passé qu’un peu plus de deux ans dans cette paroisse.
À Boston, elle retrouve un mari dont la situation financière s’est améliorée. Calixa est très engagé dans la Music Teachers’ National Association, dont il sera élu président national en 1887. Entre-temps, le 16 août 1884, Joséphine donne naissance à un quatrième fils, Jules, né le 16 août[18] et décédé le 31 de marasme nutritionnel (« marasmus[19] »).
D’abord installé dans une « townhouse » de trois étages sur Worthington Street, le couple déménage à plusieurs reprises[20] dans le même secteur, pour aboutir finalement, à mesure que ses moyens diminuent, dans une maison de chambres du secteur de Dorchester, récemment annexé à Boston. En 1890, Calixa Lavallée doit mettre fin à sa carrière en raison de la laryngite tuberculeuse dont il souffre depuis 10 ans. Il meurt le 21 janvier 1891, à 48 ans. Ses funérailles sont célébrées à la cathédrale Holy Cross de Boston. Joséphine se trouve dans la dèche. Elle doit laisser sa maison de Brookford Street. Des amis organisent des collectes pour l’aider et elle déménage à Montréal[21], au 417, Dorchester, selon le Lovell de 1894-95.

Joséphine Lovell 1894-95

Lavallée Raoul et Joséphine Le Passe-Temps, août 1933  p 42 Le Passe-Temps, août 1933  p. 42.

La suite avec Joséphine et Raoul
Le 31 janvier, à l’église Marie-Reine-du-monde, la veuve de Calixa Lavallée épouse Adolphe Denis, « employé civil » et ancien menuisier. Dans le registre d’état civil et au moins un journal (The Witness, 2 février 1895), l’épouse s’appelle désormais « Joséphine Randolph de Gentilly » (le nom inscrit dans la marge reproduit fidèlement celui qui est écrit dans le texte mal numérisé).

Joséphine mariage 1895 1

Joséphine, mariage 1895

Au bas de l’acte, elle signe plutôt « Josephine Randolph De Genttely ».

Joséphine mariage 1895 3

En 1933, Edmond-Z. Massicotte s’est étonné de cette nouvelle identité[22]:

 À l’aide de quelques informations, j’ai exhumé ce fait qui est peut-être peu connu, à savoir que dame Calixa Lavallée, veuve en 1891, convola à Montréal, en 1895 et qu’elle signe d’un nom où il y a de l’anglais et probablement du français, mais passablement anglicisé. […]
On y remarquera de plus, que l’orthographe du nom de l’épousée n’est pas le même dans le corps de l’acte et dans la signature .

Et Massicotte pose la question, toujours sans réponse : « Est-il possible de retrouver l’origine de “Randolph de Genttely” ? » Ou Gentlely, ou Gentilly ?
Thompson a vu ce texte de Massicotte[23], mais encore une fois, il laisse la question aux généalogistes.
Sans expliquer cet autre mystère, une notice publiée dans un dictionnaire biographique en 1890 pourrait donner une piste. On lit dans One of a Thousand : A Series of Biographical Sketches of One Thousand Representative Men Resident in the Commonwealth of Massachusetts, A.D. 1888-’89 : « Mr. Lavallée was married in Lowell, December 21, 1867, to Josephine, daughter of François and Elizabeth (Randolph) de Gentilly[24] ». Le père de Joséphine serait donc François de Gentilly et sa mère, Elizabeth Randolph ? Pourquoi est-elle recensée sous le nom « Elizabeth Johnson » en 1875?

Capture d’écran 2024-08-18 201612

D’après Le Journal du 11 juin 1900, Joséphine est décédée le 5 juin 1900 à Morristown, N.J., sous la nouvelle « identité » que son fils Raoul a utilisée et « magnifiée » par la suite aux États-Unis.

Joséphine, décès 1900

Thompson consacre une page (309) à ce personnage excentrique : « Like his father, he seems to have been something of a showman, (re)inventing his biography as needed and seeking adventure far from home » (Comme son père, il semble avoir été une sorte de showman, (ré)inventant sa biographie au gré des besoins et partant à l’aventure loin de chez lui).
Dans son cas, il serait plutôt question de mythomanie. En 1899, un journal rapporte qu’il a été impliqué dans l’invasion de Porto-Rico par les États-Unis, empoisonné et laissé pour mort. On le retrouve ensuite à Morristown où il s’affiche comme le « lord Raoul Arthur Phillips de Gentilly La Vallée », descendant du marquis de Tracy… ; il fait alors la manchette du New York Times, le 14 août 1900, lorsqu’il défie un rival en duel au sujet d’une certaine Miss Davis. En 1902, toujours dans le New York Times (16 avril), « lord Arthur Phillip Randolph de Gentilly La Vallée » est brièvement porté disparu et ses amis sont très inquiets. En 1910, il vit en pension à Newark, travaille comme barman et déclare que son père est Français… Par la suite, on en sait peu de chose. On ne signale pas sa présence à Montréal lors du rapatriement des restes de son père. Lorsqu’il s’enregistre pour son service militaire en 1942, il indique son vrai lieu de naissance (Notre-Dame-de-Lévis) ; il mesure 5 pieds 5 pouces et pèse 135 livres ; il s’est marié et a eu au moins un fils.

***

Les témoins de Gérard Ouellet (Anna Desrosiers[25], née en 1868, et Gaspard Dumas[26], né en 1875) n’ont pas de souvenir que Calixa père soit venu à Saint-Jean-Port-Joli et le fils y a fait un bref séjour. Qui mérite une stèle ? Le fils, sûrement, qui comme tout être humain mérite qu’on se souvienne de sa sépulture, même s’il n’a pas de descendants pour venir s’y recueillir. Sa vie n’a pas été facile. Il a suivi sa mère dans ses pérégrinations.
Comme le suggérait Gérard Ouellet, cette stèle pourrait honorer indirectement la mémoire du père, qui a connu une grande carrière musicale, surtout aux États-Unis[27], mais son comportement envers sa famille ne lui vaudra pas beaucoup de sympathie. Comme l’écrit David Gramit dans une recension[28] de l’ouvrage de Thompson,

(Traduction) « À une époque qui valorisait théoriquement la stabilité dans les ménages, Lavallée semble avoir eu envers sa femme […] une attitude qui frisait au mieux la légère négligence et au pire le mépris. Comme le souligne Thompson avec euphémisme « le mariage n’a pas semblé ralentir ni changer Lavallée de façon notable » et il « a souvent été un parent absent » (94). Même en tenant compte des difficultés inhérentes à s’accomplir comme musicien dans des circonstances souvent difficiles, l’habitude du compositeur-interprète-enseignant de quitter sa famille, parfois pendant des années, reste difficile à comprendre, sans une documentation suffisante ou un penchant pour la psychanalyse que l’auteur [Thompson] ne prétend pas posséder. »


[1] Katy Desjardins, « Un hommage attendu depuis plus d’un centenaire à Saint-Jean-Port-Joli », L’Oie blanche, 17 juillet 2024 : 15,  en ligne https://journaloieblanche.com/nouvelles/culture/un-hommage-attendu-depuis-plus-d-un-centenaire-a-saint-jean-port-joli-FN3483700.

[2] Mémorial de Saint-Jean-Port-Joli, Saint-Jean-Port-Joli, Musée de la mémoire vivante, 2012, p. 388-389.

[3] Ma paroisse, Québec, éditions des Piliers, 1946, p. 211-213.

[4] Brian Christopher Thompson, Anthems and Minstrel Shows : The Life and Times of Calixa Lavallée, 1842-1891, Montréal, McGill-Queen’s University Press, 2015, 522 p. Le résumé de la carrière de Lavallée est tiré de cet ouvrage.

[5] Massachusetts State Vital Records, 1841-1925, https://www.familysearch.org/ark:/61903/1:1:N4NF-36J

[7] Dans sa biographie de Calixa Lavallée, Thompson mentionne quatre enfants : Calixa (1868-1883), Augustin (1876-1876), Raoul (1880-?) et Jules (1884-1884). Le site Généalogie du Québec et de l’Amérique française (https://www.nosorigines.qc.ca/GenealogieQuebec.aspx?genealogie=Paquet_Calixte&pid=942598) en a trouvé six : deux Calixa (1868-? et c1869-1883), Rose (1870-1870), Raoul, Jules et un autre Calixa (1885-1885). Il est évident que Thompson a oublié Rose. Dans la liste de Généalogie du Québec et de l’Amérique française, les deux Calixa ne sont en fait qu’une seule personne : celui qui est né en septembre 1868 avait bien 6 ans (presque 7) au recensement de New York en juin 1875, 12 ans (presque 13) au recensement de Québec en juillet 1881 et 14 ans (« près de 15 », précise L’Électeur) à son décès en août 1883; cette liste omet toutefois Augustin (nommé Auguste à son décès). Quant à l’enfant baptisé à Boston en 1885 sous le nom de Calixa, ce n’est pas le fils de Calixa, mais de Joseph C. Lavallée, un musicien, qui vivait au 5, Delle Ave (voir Boston Directory, 1886, p. 685, https://archive.org/details/bd-1886/page/685/mode/2up).

[8] Massachusetts Births and Christenings, 1639-1915, database, FamilySearch, en ligne https://www.familysearch.org/ark:/61903/1:1:N72W-Z8X.

[9] Thompson, op. cit., p. 193-194.

[10] « Du manoir de Gaspé à la tombe de Calixa Lavallée, fils ». L’Action catholique, 21 février 1943 : 4 et 6. Cet article constitue la source principale sur le passage des Lavallée à Saint-Jean-Port-Joli.

[12] Dans sa biographie de Lavallée (Calixa Lavallée, Montréal, Fides, 1966, p. 109), Eugène Lapierre avance une explication fort peu crédible (« Lorsqu’elle séjournait au Canada, elle se retirait à Saint-Jean-Port-Joli »).

[13] Hélène Simard, Trois générations de cordonniers à Saint-Jean-Port-Joli, Ottawa, Musée national de l’homme, 1976 (Coll. « Mercure », dossier no 16), p. 12.

[14] Ibid., p. 16.

[15] Ouellet, loc. cit. À l’époque, les pauvres sont à la charge de la communauté.

[16] Elle fut démolie pour faire place à l’entreprise Pelletier électrique (77, av. de Gaspé Est).

[17] Ma paroisse, op. cit., p. 212.

[18] Massachusetts, Town Clerk, Vital and Town Records, 1626-2001, FamilySearch, https://www.familysearch.org/ark:/61903/1:1:DZ9N-3S2M.

[19] Massachusetts, Town Clerk, Vital and Town Records, 1626-2001, FamilySearch, https://www.familysearch.org/ark:/61903/1:1:FHZB-M9C.

[20] Pour les détails, voir Thompson, op. cit., p. 259.

[21] Ibid., p. 308-309.

[22] « Dame Calixa Lavallée », BRH, 39, 9 (sept. 1933) : 554-555.

[23] Voir 461, note 210.

[24] Boston, First national publishing Company, 1890, p. 368.

[25] « Du manoir de Gaspé… à la tombe de Calixa Lavallée, fils », L’Action catholique, 21 février 1943 : 6.

[26] Ma paroisse, op. cit., p. 212.

[27] Voir à ce sujet l’épilogue de sa biographie par Thompson.

[28] Gramit, D. (2015), « Review of [Brian Christopher Thompson. 2015. Anthems and Minstrel Shows […], Montreal and Kingston: McGill-Queen’s University Press. xxviii, 522 p.], Intersections, 35(1): 168–172, en ligne https://doi.org/10.7202/1038951ar.

Antonio et les docteurs

L’évangile selon saint Luc raconte cet épisode de la vie du Christ (chapitre 2, versets 41-52).
En revenant d’une visite à Jérusalem, Joseph et Marie constatèrent que leur fils de 12 ans était absent. Ils retournèrent à Jérusalem pour le chercher.

« Au bout de trois jours, ils le trouvèrent dans le temple, assis au milieu des docteurs, les écoutant et les interrogeant. Tous ceux qui l’entendaient étaient frappés de son intelligence et de ses réponses. Quand ses parents le virent, ils furent saisis d’étonnement, et sa mère lui dit : Mon enfant, pourquoi as-tu agi de la sorte avec nous ? Voici, ton père et moi, nous te cherchions avec angoisse. Il leur dit : Pourquoi me cherchiez-vous ? Ne saviez-vous pas qu’il faut que je m’occupe des affaires de mon Père ? Mais ils ne comprirent pas ce qu’il leur disait. Puis il descendit avec eux pour aller à Nazareth, et il leur était soumis. Sa mère gardait toutes ces choses dans son cœur. Et Jésus croissait en sagesse, en stature, et en grâce, devant Dieu et devant les hommes. »

Si je me souviens bien, c’est ma mère – dont la culture religieuse et l’humour se mariaient parfois pour donner de bonnes « lignes » – qui s’est amusée à évoquer ce passage biblique en voyant la photographie de mon père, élu président du club Richelieu de La Pocatière en janvier 1959, au milieu de son « bureau de direction ». Les autres administrateurs affichaient TOUS fièrement leur titre de docteur : trois médecins (Raymond, Germain, Boulanger), deux agronomes (Perreault et Forest), un dentiste (Grandmaison) et un optométriste (Bélanger).
1959 Club Richelieu La Pocatière
Antonio Deschênes (assis au centre) et les sept collègues docteurs accompagnés du gouverneur régional de la Société Richelieu (deuxième à partir de la gauche). Photographie publiée dans L’Action catholique du 9 février 1959. Coll. privée.

Antonio était pour sa part « diplômé » de l’école du rang, avec une cinquième année qu’il avait faite trois fois, disait-il, parce que la maîtresse n’en savait pas plus… Le 24 février 1930, l’inspecteur Dubeau lui a donné un livre d’Alfred D. De Celles, Lafontaine et son temps, en récompense pour ses résultats scolaires en « Orth[ographe] » et « calcul » – ce qui n’étonnera pas ceux qui ont constaté ses aptitudes en calcul mental. Il avait douze ans et vivait probablement ses dernières semaines d’école. Au recensement de 1931, il était identifié comme aide fermier sur la terre paternelle avec son frère Roger.
Antonio Prix coul  Antonio 1929c
Premier communiant en 1929 ou 1930. Coll. privée.
Recensement 1931
Extrait  du recensement de 1931.

À la fin des années 1930, il étudie à l’école forestière de Duchesnay pour devenir mesureur de bois, métier qu’il exerce quelques années pour la compagnie Price Brothers au Saguenay.
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L’Action catholique, 19 avril 1938.
BON Gallon+cheval
Jetons utilisés par le mesureur de bois pour payer la nourriture de son cheval dans sa tournée des camps de la compagnie. Coll. privée.

De retour à Saint-Jean-Port-Joli, il est brièvement commis à la coopérative de consommation (La Paix) avant d’être embauché, en 1942, comme gérant de la coopérative agricole qui vient d’être fondée.

Le 19 février 1943, Le Soleil publiait la photographie d’un groupe de « jeunes agriculteurs » inscrits à des cours de coopération donnés à l’École d’agriculture de Sainte-Anne-de-la-Pocatière en vertu d’une entente fédérale-provinciale de l’aide à la jeunesse.

1943 Cours de coop.-Lapocatière

Sur la photographie, au pied du grand escalier de l’École, le premier étudiant debout à gauche n’est pas agriculteur ni plus très jeune : c’est le gérant de la coopérative agricole de Saint-Jean-Port-Joli, 26 ans, qui a été libéré pour aller suivre ce cours de six semaines.

Dès sa fondation, la coopérative a acheté la beurrerie d’Alfred Dubé, au cœur du village, et, en 1950, elle inaugurait sa meunerie à « la Station ».

14.17a Beurrerie 1950 BANQ ATLa beurrerie vers 1950. Coll. BANQ, photo Alph. Toussaint.

1950 Coop. SJPJ-Meunerie-SHCS
Bénédiction de la meunerie en 1950.  Coll. privée.

Près de 25 ans plus tard, le 30 mars 1967, Le Soleil publiait une photographie du conseil d’administration de la Coopérative agricole de la Côte-Sud, issue de la fusion des coopératives agricoles de Saint-Jean-Port-Joli et de Saint-Pascal (qui deviendra Dynaco, puis Avantis).

1967 CACS-assemblée gén. -officiers-SHCS corr.

Les membres du conseil étaient réunis au pied du même escalier, à l’Institut de technologie agricole de La Pocatière. Sur la première rangée, on reconnaît Simon Fortin, représentant Saint-Jean-Port-Joli (4e à gauche), Roger Pelletier, président (5e), Antonio Deschênes, directeur général (6e), poste qu’il occupe jusqu’au début des années 1970. Il poursuivra ensuite sa carrière au sein de la Coopérative fédérée de Québec, à titre de conseiller en gestion auprès des coopératives locales, jusqu’à son décès en 1982.

Le petit monde du chemin du Roy des années cinquante et soixante (3)

(Suite de https://blogue.septentrion.qc.ca/gaston-deschenes/2022/11/30/le-petit-monde-du-chemin-du-roy-des-annees-cinquante-et-soixante-2/)

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L’édifice situé au 26 du chemin du Roy Est a été la première Auberge du Faubourg. Léonard Bourgault l’avait bâtie sur le site de la charronnerie de son père Cyprien incendiée en 1933. Au début des années 1940, il préféra repartir à neuf (là où son œuvre décrépit actuellement), tout en gardant un nom devenu incongru à deux kilomètres du faubourg…Charronneriec1930

La charronnerie de Cyprien Bourgault, incendiée en 1933 (coll. BANQ).

Auberge du F c1940  et eglise005

L’Auberge du Faubourg vers 1940 (coll. privée).

Plusieurs commerces ont occupé le rez-de-chaussée par la suite, dont une pharmacie. En 1956 ouvrait l’Unité sanitaire du comté qui faisait partie d’un réseau chargé d’améliorer les conditions de santé des enfants (dont le taux de mortalité était anormalement élevé), par la prévention, l’éducation, la vaccination, le dépistage et la lutte contre les maladies contagieuses. Quelques familles vivaient dans des appartements à l’étage, dont une famille Fortin, qui avait une fille de mon âge, et celle de Josaphat Robichaud (marié en 1936), qui était propriétaire du bâtiment et dont les enfants étaient un peu plus vieux que nous.
Unité sanitaire-nouvelle
Ch du Roy  coté est

Le chemin du Roy dans les années cinquante; en partant du coin gauche, en bas, les toits de l’Unité sanitaire et de la beurrerie, le magasin Robichaud avec son escalier en fer forgé, les maisons d’Olivine, du bedeau Chouinard, du barbier Cloutier et de Georges Ouellet (coll. privée).

Je me rappelle y avoir vu une pièce où s’amoncelaient des dizaines de casse-têtes représentant le cabinet Duplessis. Ce matériel publicitaire original a été distribué dans les écoles en 1956 ; j’avais 8 ans. C’était peut-être chez le docteur Lizotte, député du comté, qui a eu son bureau dans cet édifice.
Le dernier bâtiment de la rue, au bas de la côte, était le Vivoir moderne, un magasin qui offrait un « ameublement complet de maison » et avait été ouvert à la fin des années 1940 par Jean-Albert Morin. Marié en 1948, le propriétaire habitait, en haut de la côte (4, avenue De Gaspé Est), dans la maison où sa mère Jeanne Dupont a longtemps tenu le bureau de poste. Il est mort subitement en 1964, à 47 ans, laissant une veuve avec quatre enfants. Madame Morin, née Brigitte Toussaint, s’occupait de la bibliothèque municipale où nous allions emprunter des livres après la messe du dimanche.
Cet édifice a été « modernisé » récemment ; agrandi et haussé d’un étage, il ressemble vaguement à l’original.

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Ch du Roy  et Alcide +maison DuvalLe magasin d’Alcide Robichaud et la maison Duval agrandie (1950?)

En face de l’Unité sanitaire s’élevait un bâtiment moderne dont l’entrée principale était sur la route nationale. C’était le magasin d’Alcide Robichaud (marié aussi en 1948), un frère des « p’tites Petit ». Il vivait à l’étage avec son épouse et quatre enfants.
Ce commerce (un « magasin de confections ») établi à la fin des années 1940 se nommait « Aux variétés St-Jean », mais, pour les habitués, c’était « Chez Ti-Cide ». On y allait surtout pour les chaussures et les bottes, puisque ma mère nous habillait pratiquement de la tête aux pieds, réparant les vêtements endommagés et faisant parfois « du neu’ avec du vieux ».
Le cas de la maison Duval (derrière la mercerie) est compliqué, car le bâtiment a aujourd’hui des adresses sur l’avenue de Gaspé Est (11, 13, 15 et 17) et sur le chemin du Roy Est (23, 25 et 27).
Cette maison ne ressemble évidemment plus à ce qu’elle était à l’origine, quand le notaire Duval l’a fait construire vers 1860. On y accédait alors par le chemin du Roy. Après le décès du notaire (en 1910), la maison est passée à son fils Hospice, chef de gare (décédé en 1933), puis à la fille de ce dernier, Anita, célibataire.Ch du roy c1865 (Edwards) réduite

À gauche, la maison du notaire Duval en 1869 (coll. BANQ, photo Edwards).

Basse-ville-maison Duval c1945

La maison Duval, probablement à la fin des années quarante; les chemins n’étaient pas ouverts en hiver avant le début des années cinquante (coll. privée).

Dans Le Soleil du 16 avril 1944, une fille du notaire Duval rappelait que « les propriétés de son père avaient fort belle apparence avec leurs jardins et leurs grands arbres ». Et le journaliste d’ajouter : « Hélas ! Arbres et jardins ont vécu comme bien d’autres déjà. »
Au fil des ans, la maison a été agrandie, haussée d’un étage et divisée en appartements. Je me souviens y avoir livré L’Action catholique, vers 1960, chez Marcelle Chamard, qui était chef téléphoniste au « central » alors situé chez Eustache Anctil (aujourd’hui la Savonnerie Quai des Bulles); on était encore à l’époque où, pour obtenir une communication, il fallait passer par des « standardistes » qui effectuaient individuellement les raccordements entre les abonnés.
À mon souvenir, un vieux monsieur résidait dans un appartement qui donnait sur le chemin du Roy, probablement Arthur Dupil, un cousin d’Anita Duval, qui vivait « séparé de corps », comme on disait, de son épouse Marie-Anna Fournier, organiste à l’église dans les années cinquante. Dupil est mort en 1964 et son épouse, en 1976, à 91 ans. Quant à Anita, un personnage singulier, on dit qu’elle sortait la nuit, avec des verres fumés, et faisait des visites au cimetière… Elle est décédée à l’hôpital Saint-Michel Archange en 1982.

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À l’ouest du ruisseau des Charlots, habitait la famille de Gérard Laboissonnière et de Cécile Dumas, dans la maison (numéro 19) où vivaient les parents de cette dernière depuis les années 1920 ; Charles Dumas était le demi-frère de Gaspard qui avait transformé l’ancienne résidence du curé Boissonnault en Auberge du touriste. Marié en 1945, monsieur Laboissonnière était commis au Vivoir moderne; le couple avait trois enfants.

19chduRoyE, 1962,modif

La maison Laboissonnière (numéro 19); elle avait auparavant un toit à deux versants (coll. privée).

Au numéro 17 (la maison que mes parents ont possédée de 1944 à 1947), c’était madame Leblanc, née Marie Deschênes, veuve d’Albert Leblanc, marchand de Saint-Aubert. En juillet 1944, ce dernier avait été heurté mortellement par une voiture alors qu’il circulait à bicyclette sur la route 24 (aujourd’hui la 204) au sud de son village. Madame Leblanc s’installa ensuite à Saint-Jean-Port-Joli, avec une fille unique qui sera, sur le chemin du Roy, le visage d’une maladie infectieuse, la poliomyélite, qui nous faisait tous peur à cette époque, jusqu’à ce qu’un vaccin permette de l’éradiquer.Maison Leblanc à Sol

La maison Leblanc (coll. privée)

L’espace cimenté entre la maison et le trottoir réunissait souvent les enfants du voisinage. Je ne sais pas pourquoi je me souviens aussi d’une « séance », composée probablement de saynètes et de chansons, tenue dans cette maison et terminée par un hymne national, comme dans les réunions d’adultes, mais plutôt irrévérencieux : « Ô Canada (crotte de chats)/terre de nos aïeux (crotte de bœufs)/ton front est ceint (crotte de chien)… » De la grande poésie enfantine.

Enfants du Ch du Roy c 1947Des enfants sur le parterre (entre le no 15 et no 17) en 1947: Germain et Annette Deschênes, Marie-Paule et Marcelle Jean (des cousines qui vivaient à Saint-Jean à l’époque), Pierrette, Thérèse et Jean-Marie Pelletier, et Corinne Deschênes (sans lien de parenté) qui résidait rue de la Station (coll. privée).

La plupart des maisons anciennes de la rue avaient une « galerie » où on prenait place dans des « berçantes » pour se reposer, prendre le frais et regarder passer les gens. Comme l’église, le presbytère, la coopérative, le bureau de poste, la banque, etc. étaient tous du même côté, il en passait beaucoup. La maison des Pelletier (numéro 15), nos voisins de gauche, avait pour sa part une sorte de portique vitré semi-circulaire qui permettait à deux ou trois personnes de s’asseoir bien confortablement et discrètement derrière des stores ou des rideaux.

Gsston et chat013Gaston sur la galerie, avec l’un des rares chats de la maison (coll. privée).

1967Jude et Solange, sur la même galerie (coll. privée).

Les Pelletier se sont mariés en 1938 et ont eu quatre enfants pendant la guerre. Le père était menuisier et, avant le prolongement de la 204, il devait circuler par une allée plutôt étroite entre son terrain et le nôtre pour accéder à sa cour ; disons que ses relations avec les poteaux de notre clôture se sont terminées par un score de 3 ou 4 à 0 en faveur de son camion…
Les Pelletier gardaient quelques animaux, dont des poules et une vache. C’était la tâche de madame Pelletier, née Corine Chouinard, de traire la vache qu’elle faisait pacager sur un petit terrain près de la rue de la Branlette. Il est donc arrivé de voir, certains soirs d’été, une ribambelle d’enfants escorter l’animal le long de la « route de la Station ».

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Presque tous les gens qui habitaient le chemin du Roy Est à cette époque sont partis, laissant fort peu de descendants; il y avait bien une bonne douzaine de célibataires qui n’ont pas contribué au boom d’après-guerre. Les maisons, elles, sont toutes là, souvent rénovées, restaurées, refenestrées et recouvertes, avec un bonheur inégal. Certaines résidences sont devenues des commerces, d’autres ont fait le chemin inverse.

Les entreprises (restaurants, commerces, maison funéraire, etc.) qui se sont accumulées au carrefour de la 204 contribuent à l’augmentation de la circulation sur le chemin du Roy. Dans les années cinquante, il n’y avait même pas une automobile à toutes les maisons.
Ce n’était probablement pas propre au chemin du Roy, mais on aura noté le nombre de personnes qui vivaient sur leur lieu de travail ou très proche : « Ti-Cide » habitait au-dessus de son commerce, Gérard Laboissonnière travaillait de l’autre côté de la rue, Antonio Deschênes a eu longtemps son bureau de gérant dans sa maison, Gérard sculptait dans sa boutique, le « taxi » Normand attendait les appels chez lui, le ferblantier, le réparateur de télé et le barbier travaillaient chez eux, idem pour les « P’tites bedeau » et Olivine, les « P’tites Petit » résidaient au-dessus du magasin, le beurrier, au-dessus de la beurrerie, Jean-Albert Morin, à côté du Vivoir. Les deux travailleurs de la construction (Pelletier et Legros) et le vidangeur (Ouellet) faisaient exception.
L’asphalte omniprésent est probablement incontournable, mais qui a décidé de faire zigzaguer les fils électriques d’un côté à l’autre de la rue ? On peut rêver d’un chemin où ils seraient enfouis, comme on l’a fait par exemple à Saint-André-de-Kamouraska.
Chemin du roy Bergevin réduiteLe chemin du Roy, aquarelle de P. Bergevin, coll. privée.