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« Le « trip » musical de l’année »

Le placard publié dans Le Soleil du 10 avril nous donne le palmarès de la chanson selon le Festival d’été dit « de Québec ».

FEQ Soliel 10-4-2015

Dans la foule des artistes anglo-américains apparaissent d’abord deux Français et deux Montréalais qui chantent en anglais; puis, beaucoup plus bas (neuvième rang), Vincent Vallières suivi de la portion congrue de ceux et celles qui chantent au Québec dans la langue de la majorité. Ne cherchez pas Alexandre Belliard et les « Légendes d’un peuple », il est probablement dans les « plusieurs autres ».

En 2010, dans le programme qui avait suscité une certaine contestation (JdeQ, 1er mai 2010), Vigneault était en quatrième ligne immédiatement suivi des « Chansons d’abord ». Bref, on progresse vers le bas.

« Chanter dans la langue qu’ils veulent, c’est un choix artistique », dit le DG du FEQ. Comme choisir entre une guitare Godin, une Boucher ou une Beaulieu…

Chicane franco-canadienne

Dans Le Devoir de ce matin, sous le titre « Québec, notre grand frère nous abandonne », le président de l’ACFA, porte-parole de la francophonie albertaine, écrit entre autres choses que le Québec « dit non à l’enseignement du français dans l’Ouest canadien » (http://www.ledevoir.com/politique/canada/430330/francophones-hors-quebec-le-quebec-notre-grand-frere-nous-abandonne). Jean Johnson réagit à un article de Philippe Orfali qui s’intitulait « Québec s’oppose aux minorités francophones » (Le Devoir du 22 janvier).

Les Québécois peu familiers avec la cause actuellement débattue en Cour suprême le resteront malheureusement si leur information se limite à ces deux textes (et particulièrement aux titres simplificateurs), d’autant plus qu’il règne un silence à peu près total sur ce sujet dans les médias québécois, mis à part Le Devoir, justement, qui a consacré plusieurs textes de fond sur cette cause et l’interprétation de l’article 23 de la Charte canadienne des droits.

Michel David a cerné la question dans sa chronique du 27 janvier (« La famille éclatée » – http://www.ledevoir.com/politique/quebec/430050/la-famille-eclatee).

« L’article 23 de la Charte canadienne des droits stipule que les citoyens canadiens qui ont reçu leur instruction primaire en français ou en anglais au Canada, et qui résident dans une province où cette langue est celle de la minorité, ont le droit de faire instruire leur enfant dans cette langue au primaire et secondaire.

Le bassin d’élèves francophones étant limité, la Commission scolaire francophone du Yukon (CSFY) voudrait pouvoir accueillir des descendants de francophones, des immigrants ou simplement des francophiles qui ne répondent pas aux critères de l’article 23, mais le gouvernement du territoire s’y oppose pour des raisons financières ».

La question est de savoir s’il revient à la minorité francophone d’une province de déterminer qui peut avoir accès à l’instruction en français. On imagine avec quel intérêt la minorité anglo-québécoise attend cette décision qui pourrait lui permettre de contourner les dispositions de la loi 101. David précise qu’« aucun gouvernement, libéral ou péquiste, n’a voulu envisager cette possibilité » et, comme l’avait fait le gouvernement Bourassa en 1989, dans une cause concernant les Franco-Albertains, le gouvernement du Québec se range de l’avis du Yukon.

Dans un point de vue publié mercredi, toujours dans Le Devoir (« Québec ne joue pas franc jeu »), le professeur André Braën « imagine facilement ce qu’il adviendrait si l’admissibilité à l’école anglaise au Québec était laissée entre les mains de la minorité elle-même. Bref, ce serait la situation du libre choix d’avant la loi 101 ». Mais le juriste se demande si l’interprétation de l’article 23 « doit être uniforme partout au Canada ou si l’asymétrie est possible ». (http://www.ledevoir.com/politique/quebec/430095/francophones-au-yukon-quebec-ne-joue-pas-franc-jeu)

Un autre juriste, Guillaume Rousseau, reprend cette idée d’asymétrie dans un texte qu’il signe le même jour, et dans le même journal, avec Éric Poirier (« Sortir du piège de l’article 23 »  -     http://www.ledevoir.com/politique/quebec/430094/sortir-du-piege-de-l-article-23).

« Le Québec pourrait inciter la Cour suprême à davantage tenir compte du contexte et donc à interpréter strictement le droit à l’école anglaise au Québec, tout en interprétant largement les droits scolaires des minorités francophones du reste du Canada.

Théoriquement, cette position se tiendrait, entre autres parce que la Cour a elle-même souvent répété que, lorsqu’on interprète une loi, il faut tenir compte du contexte. Les conséquences politiques d’un tel raisonnement pourraient toutefois freiner une évolution de la jurisprudence dans ce sens. Les Canadiens anglais accepteraient mal une interprétation moins favorable à l’anglais au Québec qu’au français dans le reste du Canada. »

On voit ça d’ici : le Québec traité différemment… Pour Rousseau et Poirier, c’est risqué : la jurisprudence interprétant largement le droit à l’école française au Canada anglais servirait d’argument en faveur d’un droit toujours plus large à l’école anglaise au Québec.

La position du Québec pourrait cependant évoluer afin d’échapper au piège de l’article 23 : « Québec pourrait cesser ses interventions devant les tribunaux contre les droits des francophones du reste du Canada et les associations franco-canadiennes pourraient cesser d’intervenir contre la loi 101 et ses objectifs ».

Dans les familles en chicane, il faut peut-être espacer les réunions ou éviter certains sujets de discussion.

Le travail dominical en France : ce n’est pas réglé ?

Le débat fait rage en France depuis la présentation de la « loi Macron » (du nom du ministre de l’Économie) en conseil des ministres au début de décembre. Le premier ministre, citant le président, l’a décrite comme « une loi de progrès et de liberté », conçue pour « créer et développer l’attractivité ».

Il s’agit en fait d’une loi fourre-tout visant à guérir la France de quelques maladies dont la défiance, la complexité et le corporatisme. Une de ses dispositions consiste à assouplir le travail dominical : les commerces pourront travailler cinq dimanches par an sans autorisation spéciale, et jusqu’à douze au total, sur autorisation des mairies. Dans les zones touristiques internationales, l’ouverture sera autorisée jusqu’à minuit. Nouveauté introduite par le Conseil d’État avant la présentation du texte en conseil des ministres : toutes les entreprises commerciales devront verser une « compensation salariale » pour les employés travaillant le dimanche. (http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2014/12/08/travail-du-dimanche-autocars-professions-reglementees-qu-y-a-t-il-dans-la-loi-macron_4536498_4355770.html#34A0tWEueuqtYGCc.99)

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Voilà qui en étonnera plus d’un (et le soussigné fera lui-même semblant de l’être…) puisqu’il y a 25 ans, quand nous sommes nous-mêmes entrés dans l’ère dite « de progrès et de liberté », on nous chantait sur tous les tons qu’il fallait nous décoincer et faire comme « tout le monde » en Europe. Il se trouvait plusieurs observateurs, surtout chez les journalistes des grands quotidiens (qui travaillaient souvent 4 jours semaines…), pour dire qu’il s’agissait d’un débat d’attardés, que « seuls les Québécois » pouvaient faire de cette question un « débat de société », etc.

Nous étions en retard, paraît-il, alors que notre société était parfaitement normale puisque la question du travail dominical a soulevé des débats dans de nombreux pays occidentaux et que nombre d’entre eux l’interdisent encore ou lui posent de sévères restrictions. (http://www.la-croix.com/Actualite/Europe/Le-travail-du-dimanche-en-Europe-une-situation-contrastee-2014-11-27-1270926)

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En France comme ailleurs, l’assouplissement de la législation concernant le travail dominical suscite la controverse et la réprobation des syndicats, notamment. Selon un sondage qui vient de paraître, six Français sur dix (62%) seraient favorables à l’ouverture des magasins le dimanche, soit 28% tout à fait favorables, 34% plutôt favorables, contre 38% qui y sont opposés, dont 16% tout à fait opposés, mais le même sondage révèle que les Français sont aussi en nette majorité (60%) en désaccord avec l’idée de travailler eux-mêmes le dimanche, une opposition en hausse par rapport à l’an dernier (+4 points). (http://www.leparisien.fr/flash-actualite-economie/travail-dominical-une-majorite-de-francais-pour-mais-pas-pour-eux-memes-04-12-2014-4347617.php)

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Le député de l’Essonne et maire d’Yerres, Nicolas-Dupont-Aignan, est de ceux qui s’opposent au travail dominical et qui mesurent bien l’hypocrisie (pour le travail dominical des autres…):

« Hormis quelques zones touristiques, sa généralisation à grande échelle déstructurerait un peu plus notre société et détruirait au moins autant d’emplois qu’elle en créerait. Des milliers d’emplois durables, bien répartis sur le territoire national dans les petits commerces qui n’ont pas les moyens d’ouvrir sept jours sur sept, disparaîtraient, remplacés par des jobs à temps partiel dans la grande distribution. Mais, plus grave, on fabriquerait une France à deux vitesses. D’un côté, ceux qui peuvent consommer le dimanche, et, de l’autre, ceux qui sont condamnés, faute de mieux, à travailler pour les servir. » (http://www.parismatch.com/Actu/Politique/Moi-president-Nicolas-Dupont-Aignan-non-au-travail-dominical-674220)

 

 

Mourir au mauvais moment

On dit que la mort est la seule chose juste en ce bas monde mais, encore là, il existe une hiérarchie dans la disparition surtout chez ce qu’on appelle les « personnalités ». Le monologuiste Gilles Pellerin, fort populaire à son époque, a eu le malheur de mourir un jour avant Elvis Presley. Son départ n’a pas fait de bruit. Dix ans plus tard, un grand « favori des dames », Yoland Guérard, mourait juste après René Lévesque.

Depuis une dizaine de jours, les départs se sont précipités dans le monde artistique, un décès chassant l’autre : Françoise Gratton, Picolo, Muriel Millard, … et même cette « reine du music-hall » a dû laisser toute la scène à Jean Béliveau.

Un autre grand Québécois a été éclipsé en mourant le même jour que le « Numéro 4 ». Décédé le 2 décembre, André Laurin méritait mieux, dans les médias d’information générale, qu’un simple texte du Soleil perdu en fin de journal (http://www.lapresse.ca/le-soleil/affaires/consommation/201412/03/01-4824974-andre-laurin-1926-2014-un-grand-defenseur-des-consommateurs-seteint.php) et une lettre de lecteur au Devoir (http://www.ledevoir.com/societe/actualites-en-societe/426229/andre-laurin-utopiste), …

Du hautbois au budget familial

Né en 1926, dans une famille aisée de Québec, André Laurin aurait été hautboïste, n’eût été la tuberculose qui lui a littéralement coupé le souffle. Il se retrouve plutôt au comptoir postal de la Compagnie Paquet dont sa mère avait hérité du fondateur, Zéphirin Paquet.

Sensibilisé à la misère des petites gens en accompagnant son père médecin puis en s’engageant dans la société Saint-Vincent-de-Paul dès son adolescence, André Laurin s’intéresse au problème de l’endettement et réussit à redresser la situation de la première famille pauvre qui lui est confiée en lui faisant établir et respecter un budget. Sa tentative pour associer le mouvement Desjardins à une action concertée pour réduire l’endettement est reçue plus que froidement et il se tourne vers la Confédération des syndicats nationaux (CSN) où il crée le service budgétaire familial en 1962. Il se trouvait alors dans une situation paradoxale car la Compagnie Paquet avait contesté la formule Rand jusqu’en Cour suprême!

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Laurin s’attaque aux « compagnies de finance » qui régnaient alors en l’absence de toute réglementation sérieuse protégeant les consommateurs. À Chicoutimi, en particulier, comme le rappelle le président de la CSN, malgré les menaces de poursuites, il mène « une lutte acharnée contre les requins de la finance qui égorgeaient littéralement les travailleurs et leurs familles ». Dans plus de 200 procès, il prouve l’illégalité des contrats de vente à tempérament et des taux d’intérêt exigés par Household Finance et compagnie.

Un réformateur imaginatif

À cette époque où les citoyens trouvaient naturellement des solutions à leurs besoins dans l’action communautaire, André Laurin se consacre à la mise sur pied d’outils neufs. Les caisses populaires établies sur une base paroissiale ne lui semblant pas une formule adéquate pour rejoindre les travailleurs, il inspire et contribue à mettre en place une centaine de caisses d’économie au sein de grandes entreprises. Il imagine ensuite un nouveau genre d’outil communautaire, les associations coopératives d’économie familiale, à la fois centre de dépannage et d’éducation populaire, groupes de pression politique et « réseau de coopératives qui prendrait d’assaut les marchés de la consommation de l’habitation de l’automobile, des produits pétroliers, de l’alimentation, etc. »

André Laurin jouera un rôle déterminant dans la mise en place de la première loi sur la protection du consommateur, de l’Aide juridique et de la SAAQ, mais sa grande réalisation se situe en 1971, avec la création de la Caisse d’économie des travailleurs réunis de Québec, une institution innovante qui a fait un peu de bruit car elle optait pour une approche plus collective que les traditionnels services d’épargne et de crédit aux particuliers. Au lieu de viser le meilleur taux d’intérêt sur les dépôts, elle va plutôt mettre en place des services collectifs comme l’achat en groupe de mazout pour le chauffage domestique. Les membres (syndicats et syndiqués) conviennent de placer une partie de leurs épargnes dans des comptes sans intérêts, et ces fonds sont ensuite prêtés à un très faible taux pour la construction de coopératives d’habitation et sans intérêts pour les travailleurs en grève. Laurin est traité de fou (et d’hérétique par les dirigeants des caisses populaires) mais cette coopérative créée avec quelques milliers de dollars affiche aujourd’hui un volume d’affaires d’un 1,5 milliard$ et s’appelle la Caisse d’économie solidaire… Desjardins.

***

Laurin 2010

Peu connu du grand public, et mort au mauvais moment, André Laurin était une sorte de Michel Chartrand « tempéré » : il n’a pas eu le même « retentissement » que le syndicaliste de Montréal mais il n’avait rien à lui envier sur le plan de l’engagement, des convictions et surtout des réalisations.

La société québécoise, heureusement, a reconnu les mérites de ce réformateur dérangeant. André Laurin a reçu le premier Prix annuel de la protection du consommateur (2003) et le Prix de la justice (2009). Il a été fait chevalier de l’Ordre national du Québec (2012) et l’Université Laval lui a décerné un doctorat honoris causa en science de la consommation (2014).

(Sur André Laurin, une grande entrevue en deux parties sur https://www.youtube.com/watch?v=xLiexBW2cjk)

Œil au beurre noir pour la démocratie municipale

Quelques semaines ont passé et il faut bien se rendre à l’évidence que les accrocs à la démocratie ne font mourir personne à Québec.

En réaction à la lettre que lui avait adressée la conseillère Anne Guérette pour protester contre certainspropos du maire de Québec, la présidente du conseil municipal a soutenu en point de presse qu’elle n’avait pas entendu les propos en question et elle a promis qu’elle serait « intraitable » dès qu’elle entendra des « propos personnels volontairement irrespectueux et disgracieux dirigés vers un membre du conseil ».

Il n’y aurait rien à redire sur cette réaction si la présidente du conseil n’avait pas été « étrangement » (selon le mot du Journal de Québec- http://www.journaldequebec.com/2014/11/06/la-presidente-du-conseil-repond-a-guerette) accompagnée de deux conseillères « qui n’ont pas épargné Anne Guérette », ce qui a créé un « certain malaise  » (http://www.quebechebdo.com/Actualites/Politique/2014-11-06/article-3931266/Faux-pas-de-la-presidente-du-conseil-municipal%3F/1).

« Faux pas de la présidente du conseil municipal? », se demandait timidement Québec-Hebdo. Il n’appartenait évidemment pas aux reporters de jouer les analystes sur la scène municipale et ces derniers, manquant de temps, d’espace, voire de sensibilité envers les institutions démocratiques, sont restés dans les coulisses.

On ne peut tout de même pas enterrer aussi facilement cet incident qui entache gravement la présidence conseil.

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C’est peut-être faire beaucoup d’honneurs à la titulaire actuelle de la fonction que de la comparer au président de l’Assemblée nationale, mais peut-on imaginer ce dernier réagir publiquement à une plainte d’un député de l’opposition flanqué de deux députés ministériels pour appuyer sa position? Ou, pour prendre un exemple d’un niveau qui passera mieux à Québec, verrait-on un arbitre de hockey rejeter le protêt d’un entraîneur en appelant des joueurs du camp adverse en renfort?

On savait déjà que la présidence du conseil municipal ne respectait pas les standards de neutralité que la présidence des assemblées parlementaires a atteints et maintenus depuis l’époque de Duplessis. On sait maintenant que même les apparences d’impartialité se sont évanouies.