Les députés français ont adopté une proposition qui prévoit une peine d’une année de prison et 45 000 euros d’amende pour toute personne qui nierait que les Arméniens ont été victimes d’un génocide sous l’empire ottoman. Cette proposition doit maintenant être soumise au Sénat, ce qui pourrait prendre plusieurs mois, si jamais la deuxième chambre la prend en considération. En effet, il faut souhaiter que les sénateurs viennent remettre un peu de raison dans un Parlement qui est parti sur une voie totalement irrationnelle. La loi qu’il a adoptée en 2001 pour qualifier de « génocide » les massacres d’Arméniens entre 1915 et 1923 n’était-elle pas déjà de trop ?
Selon une définition officielle, un génocide est l’extermination, physique, intentionnelle, systématique et programmée d’un groupe ethnique, national ou religieux. Quelques génocides ont été reconnus par des instances internationales dépendant de l’ONU mais il existe plusieurs autres dossiers « litigieux ». Sous la rubrique « génocide », l’encyclopédie Wikipédia dresse une liste des « massacres de peuples entiers ont déjà eu lieu dans le passé » et de ceux « dont le caractère génocidaire est discuté ». Au cas où des parlementaires voudraient s’adonner à d’autres exercices de législation mémorielle, voici quelques-uns des cas cités par Wikipédia : « la déportation des Acadiens par les Britanniques sous les ordres du gouverneur Charles Lawrence en 1755 », « l’extermination des Beotuks à Terre-Neuve par les Britanniques », « au Canada, les enfants des aborigènes ont été envoyés, entre 1922 et 1984, dans des écoles résidentielles indiennes […], ce qui conduisit à une mortalité moyenne de 50 %, soit entre 50 000 et 100 000 décès d’enfants en quelques décennies », « le gouverneur Jeffrey Amherst a fait distribuer aux Indiens Delaware en 1763 des couvertures infectées de petite vérole (variole) », « la disparition en quelques décennies des populations autochtones des États-Unis au passage des immigrants ».
Tous ces cas représentent des drames qu’il n’est aucunement question de minimiser ici mais, avant que tout ce monde ne s’engouffre dans le lobby ouvert par la proposition socialiste, il serait peut-être indiqué de se demander si c’est le rôle du Parlement de définir la nature d’un événement historique et de prévoir en plus des peines pour ceux qui ne seront pas d’accord avec son point de vue ? Particulièrement lorsque l’événement s’est produit à l’étranger, hors de sa juridiction ? Si le premier ministre turc vient en France et nie le génocide, le mettra-t-on en prison ?
Sur cette question, on pourrait lire avec profit le petit ouvrage d’Emmanuel Terray intitulé Face aux abus de mémoire. Mais le président Chirac a tout résumé l’an dernier : « Ce n’est pas à la loi d’écrire l’Histoire. L’écriture de l’Histoire, c’est l’affaire des historiens ».
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L’histoire? Beurk!
« La Nouvelle-France, les XVIIIe et XIXe siècles, ça n’intéresse pas les gens. »
(Journal de Québec, 8 août 2006)
Non, ce n’est pas l’opinion des rédacteurs des programmes du ministère de l’Éducation mais plutôt celle du vice-président à la programmation de la chaîne… Historia!
Si les canaux spécialisés en histoire ne font plus d’histoire, où allons-nous?
Et pourtant. Cette chaîne va diffuser cet automne 58 nouveaux épisodes de La petite maison dans la prairie qui est au troisième rang chez Historia pour les cotes d’écoute. C’est, dit-on, la télé-série « la plus authentique » sur l’Ouest américain des années… 1870.
C’est comme le gazon: l’histoire serait plus rose dans le passé des voisins.
« Ton père est plus antisémite que le mien! »
Une journaliste du National Post a soulevé une autre tempête en évoquant le passé antisémite des Québécois et en associant « subtilement » antisémitisme et nationalisme. Faut-il s’insurger? La preuve est faite que l’antisémitisme ne connaissait pas de frontières mais les journalistes du Canada anglais aiment bien faire semblant de l’ignorer. Chercher à savoir quelle a été la pire province est ridicule… mais rien d’empêche d’y succomber car il y a quand même des choses paradoxales.
Ainsi, le Québec a accordé des droits politiques aux Juifs en 1832, bien avant l’Angleterre et les autres colonies britanniques d’Amérique du Nord.
Le Parlement du Québec est le seul du Commonwealth à avoir condamné les propos d’un citoyen parce qu’ils auraient eu une connotation antisémite; peu après, une motion de même nature à l’égard d’une déclaration clairement antisémite d’un chef amérindien de Saskatchewan (d’ailleurs reconnu coupable) est restée au Feuilleton du Parlement fédéral.
Le Québec a bien sûr eu ses fascistes: en 1938, ils se sont unis à deux groupes antisémites canadiens-anglais pour former le Parti de l’unité nationale du Canada. Les antisémites auraient-ils été plus naturellement fédéralistes?!
L’histoire du Canada rétrécit
Dans le Devoir du 28 juillet, un lecteur a attiré l’attention sur le titre d’une exposition du Musée de la guerre du Canada : Le choc des empires : la guerre qui fonda le Canada, 1754-1763. Il s’étonne. Et comment ! On croirait que les muséologues d’Ottawa ont eu un accès privilégié au nouveau programme d’histoire du ministère de l’Éducation.
Le Canada aurait été fondé après 1763. On disait pourtant, à Québec, qu’il avait été « découvert », en 1534, par Jacques Cartier (ou plus tôt, par John Cabot, à cause de son hypothétique passage à Terre-Neuve). Et Cartier en avait appris l’existence, et le nom, par les Amérindiens. Si on parle du même Canada, il serait donc plus ancien de quelques années.
Ce titre est d’autant plus étonnant que la Guerre de la conquête a plutôt fait disparaître le Canada ! Ce nom disparaît du paysage avec la Proclamation royale qui tient lieu de constitution après 1763. La Nouvelle-France est démantelée ; de la partie qui était le Canada, il ne reste qu’un quadrilatère restreint qui s’appelle « Province de Québec » jusqu’en 1791 quand les anglophones venus de Grande-Bretagne et des États-Unis en obtiennent la séparation en deux colonies : Haut-Canada pour eux et Bas-Canada pour les francophones qui, n’ayant pas eu le temps de se dire « Québécois », avaient assuré la pérennité du nom « Canadiens » et allaient bientôt en partager l’usage. Au mieux, la Guerre de la conquête constituerait donc la lointaine fondation du Canada… anglais.
Y aurait-il eu « erreur » de traduction ? Cette exposition est organisée par le Senator John Heinz Pittsburgh Regional History Center, affilié à la Smithsonian Institution, en partenariat avec le Musée canadien de la guerre. À partir d’un titre anglais qui laisse place à plusieurs interprétations, « Clash of Empires : The War That Made Canada 1754-1763 », la traduction française passe un message pour le moins ambigu.
Au fond, c’est probablement la faute des Américains!
« Un p’tit blogue avec ça! »
Pour ou contre les blogues ?
La pertinence d’un nouveau moyen de communication se posait du temps de Gutenberg et, qui sait, dans les grottes de Lascaux. Elle a été reprise sous la plume de Franco Nuovo (Journal de Montréal, 1er mars 2006) dans une chronique qui a fait du bruit dans la Toile québécoise. Nuovo ne semble pas avoir réalisé que sa chronique n’est, essentiellement, rien d’autre qu’un blogue sous forme « archaïque », un chaînon dans l’évolution des moyens d’expression. Le refuser nous ramènerait d’ailleurs pas trop loin de Lascaux. En fait, il sait tout cela, mais il a feint l’ignorance et suscité un débat. Un vrai blogueur !
Il y a de tout dans les blogues, il faut bien faire avec, comme Internet, la télé, la radio, les journaux, les livres, les brochures, les affiches, les graffitis, qu’ils soient de Lasalle ou… de Lascaux. On n’en sort pas.
Je (voilà le mot qu’on ne devrait pas rencontrer trop souvent ici) n’avais pas pensé ouvrir un « carnet », comme on dit au Septentrion, avant de recevoir une offre de l’éditeur qui héberge ses auteurs dans son site Internet.
Pourquoi pas ?
Ce sera un moyen d’établir un lien avec les lecteurs, de les tenir au courant de certains projets, d’avoir leurs réactions. Commenter ce qui se passe ici et là avec les yeux d’un historien. Attirer l’attention sur les livres qui paraissent ici, et disparaissent des rayons des librairies sans avoir le temps d’apparaître dans les médias traditionnels.