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Le petit monde du chemin du Roy des années cinquante et soixante (2)

(suite de https://blogue.septentrion.qc.ca/gaston-deschenes/2022/11/29/le-petit-monde-du-chemin-du-roy-des-annees-cinquante-et-soixante/)

Revenons sur nos pas, du côté sud du chemin du Roy.
Avant d’accueillir Bonté divine en 2003, la maison située au 2, chemin du Roy Est, a logé de nombreuses familles dont mes parents qui y ont vécu leur première année de mariage (1943-1944). Ma sœur aînée y a vu le jour. Dans la famille qui vivait là en 1960, il y avait une Louise, la première fille dont j’ai eu la photographie.
C’est aussi dans cette maison que Gilles Picard a réparé des appareils de télévision. C’était la belle époque où on pouvait faire venir un technicien à la maison quand on ne réussissait pas, en manipulant les boutons, à arrêter l’écran de sauter ou à le « déneiger ».
Les deux bâtiments qui suivent à l’est (numéros 4 et 6) — et détonnent par leur modernité — ont été bâtis par Adrien Picard (frère du précédent) qui logeait à l’étage supérieur du numéro 6, au-dessus de son commerce de meubles, avant de construire le numéro 4, pour permettre l’expansion de ses affaires.
Vient ensuite la maison de Georges Ouellet (numéro 8), commerçant et mécanicien mort en 1960. Sa maison est passée à son fils Honoré,  cantonnier à la Voirie, qui s’est marié sur le tard et a eu des enfants après mon départ de Saint-Jean. « Noré » était un autre résident du chemin du Roy qui laissait les enfants pressés prendre des raccourcis. Pour se rendre à la patinoire du collège Fleury, on passait tout bonnement entre sa maison et son hangar, enjambant une « clôture de broche » au fond du terrain puis traversant un terrain vague pour atteindre le coin de la rue Fleury et, de là, notre objectif. À mon souvenir, il ne se plaignait pas.

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L’oncle Marcel Caron avec neveux et nièces vers 1950 : Marie-Paule Jean, Germain, Annette et Denis Deschênes devant la maison de Georges Ouellet (coll. privée).

Son frère Roméo s’est marié au début des années cinquante et s’est bâti à l’est de la maison familiale (numéro 10) ; ses six enfants étaient plus jeunes que nous, mais tout aussi « babyboomers ». C’est lui qui a été le premier à ramasser les vidanges dans le village. Auparavant, chacun se débrouillait avec ses détritus heureusement beaucoup moins abondants qu’aujourd’hui, surtout le plastique. On brûlait beaucoup de choses dans les cuisinières à bois et on avait accès à un dépotoir au début du 2e Rang Ouest.

Notre voisin d’en face (12) était Rosaire Cloutier, barbier de son état, marié en 1943 et père d’une seule fille qui devint coiffeuse. Je ne me souviens pas d’être passé sous son « clipper » ; notre mère nous « faisait les cheveux ». La maison de Rosaire se distinguait par son style « boomtown » (apparu en Amérique du Nord, vers la fin du XIXe et le début du XXe siècle), la seule du genre dans la rue et une des rares dans la paroisse.
12chduRoyE,réduiteAnnette devant la maison du barbier Cloutier; à gauche, la maison du bedeau Chouinard (coll. privée).

Quand je suis né, la maison portant aujourd’hui le no 14 était la résidence d’Alfred Chouinard, qui, entre autres métiers, a été « bedeau » (sacristain) de 1921 jusqu’en 1950 et gérant de la caisse populaire à ses débuts. Son épouse est morte en 1947, mais l’ancien sacristain a vécu jusqu’à 95 ans, avec le soutien de ses deux filles célibataires, Rose et Lucille, qu’on appelait naturellement « les P’tites bedeau ». Elles géraient un modeste magasin de type « 5-10-15 » (formule créée au tournant du XXe siècle par Woolworth, « Five-and-dime ») où on pouvait acheter des cadeaux à bon prix. Comme quelques autres propriétaires de la rue, les Chouinard avaient un grand mât (on disait « mai », comme à l’époque seigneuriale) et pavoisaient lors des fêtes civiles ou religieuses.
14chduRoyE,réduite. 1946Denis devant le magasin des « P’tites bedeau » en 1946; on peut voir les enseignes de la Fonderie de L’Islet représentée à Saint-Jean par monsieur Chouinard (coll. privée).

Les demoiselles Chouinard avaient une autre célibataire comme voisine au 16, chemin du Roy Est. Née à Saint-Eugène en 1918, « Olivine » offrait la maternelle dès 4 ans et des cours de rattrapage. Elle était la demi-sœur de Louis-Nazaire Thibault, aumônier des écoles secondaires de Saint-Jean-Port-Joli et de L’Islet dans les années 1960. Aux dernières nouvelles, cette petite femme autrefois perchée sur des talons hauts serait toujours vivante quelque part à Québec. Une propriétaire subséquente de sa maison aurait, dit-on, trouvé une somme importante en restaurant un escalier. Mystère.
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Hôtel BellevueLe magasin de « Petit » Robichaud dans les années 1940; à droite, la maison d’Olivine (coll. privée).
Ce n’est pas une ou deux, mais trois autres demoiselles qui vivaient au numéro 20, au-dessus du magasin général fondé en 1922 par leur père Eugène « Petit » Robichaud. Il y avait Joséphine (née en 1903), Blanche et Marie-Paule (des jumelles nées en 1906) ; leur frère Raoul (pourtant baptisé Joseph-Maurice en 1908), dit « Ti-Roul », complétait le quatuor de célibataires.
« Petit » Robichaud avait aussi exploité un hôtel et une salle à manger dans ce bâtiment, puis un autre hôtel et des cabines (qui se retrouveront au Petit Fribourg) sur l’emplacement actuel du parc du Chanoine-Fleury. Après sa mort en 1954, les « P’tites Petit » ont hérité du magasin converti en quincaillerie par leur frère Camille en 1963.  « Ti-Roul » et ses sœurs iront vivre dans une maison neuve au 19, avenue de Gaspé Ouest.

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Entre-temps, Blanche était morte dans un bête accident. Une automobile mal stationnée devant le Castel des falaises a descendu la pente, traversé la rue et heurté la demoiselle Robichaud alors qu’elle se trouvait devant la banque ou le bureau de poste.
Entre les numéros civiques 16 et 20, une ruelle menait à la maison des Legros, un peu en retrait du chemin. Marié en 1943, Robert Legros avait d’abord travaillé à Québec, où il effectuait des tests sur le beurre dans un laboratoire, mais il était revenu dans sa paroisse natale et, pour le bien de sa santé, travaillait principalement à l’extérieur sur des chantiers de construction. Ses deux premiers enfants étaient nés à Québec et cinq autres s’ajouteront à Saint-Jean pour composer une autre famille majoritairement « babyboomer », dans les mêmes âges que la nôtre. Hôtel-lobby + BeurrerieLe magasin « Petit » Robichaud et la beurrerie au début des années 1960 (coll. privée).

C’était aussi le cas de la famille d’Amédée Bérubé que la Coopérative agricole a embauché pour gérer la beurrerie qu’elle venait d’acquérir en 1942. Originaire de Saint-Pacôme, « Médée » s’était marié à Saint-Denis en 1941 et a élevé ses neuf enfants au-dessus de la fabrique de beurre transformée aujourd’hui en résidence (no 24).
Le beurre était produit localement à cette époque. J’ai souvent participé à la collecte des bidons dans les rangs de la paroisse avec un employé de la coopérative. Il était commode, pour lui, d’avoir un « helper » qui approchait les bidons vides à la porte du camion et rangeait les bidons pleins à l’autre bout de la plateforme. Le beurrier recevait la crème des « habitants » et effectuait ou supervisait toutes les tâches, de la réception à l’emballage en passant par les tests de gras et le barattage, avec des ressources minimales et des mesures de sécurité à l’avenant : quand il sortait le beurre avec sa grande palette de bois, un gamin pouvait se hasarder à passer le doigt par l’ouverture de la grande baratte pour un « test de qualité »…
La cour de la beurrerie pouvait servir d’espace de jeux. Une simple « canne » au milieu de la cour pouvait occuper des enfants pendant quelques heures. Certains soirs d’hiver, on pouvait voir deux Bérubé contre deux Deschênes avec une balle, des bâtons de hockey rafistolés, des bidons comme poteaux de but. Mais le centre d’intérêt hivernal était à quelque 200 pieds derrière la beurrerie et le magasin général : c’était « l’écluse », un étang artificiel, qui servait de patinoire aux petits et grands enfants du quartier. Personne n’aurait eu l’idée de patauger dans ce plan d’eau fangeux avant le gel, mais, si le temps le permettait, on pouvait y tourner en rond pendant quelques semaines en hiver. En sécurité ? C’est une autre question.
Cet étang aujourd’hui disparu avait été formé en barrant le ruisseau des Charlots, ainsi désigné en l’honneur de Charles et Narcisse Duval, les frères un peu spéciaux du notaire Zéphirin. Ce barrage avait été construit pour servir de réservoir en cas d’incendie dans le village.

Le ruisseau avait un faible débit. En bas du barrage, il coulait derrière la beurrerie et passait sous le magasin général (!) puis sous le chemin du Roy. De là, jusqu’à la route nationale, on aurait pu théoriquement y lancer des petits voiliers à la Paolo Noël, mais, à une époque où le village n’avait pas de système d’aqueduc et d’égout, personne n’avait le goût d’y mettre le pied. Le ruisseau prenait parfois une teinte laiteuse, dont on devinait l’origine, et Dieu sait ce qui pouvait tomber du magasin général…

Dans La Patrie du 6 avril 1947, Gérard Ouellet imaginait sa paroisse en 1997 : « […] le ruisseau des Charlots, qui dégageait des odeurs nauséabondes en été — vous vous souvenez les anciens — […] se perd dans le très moderne système d’égouts qui a remplacé celui de 1948 ». Ouellet était optimiste : la « modernité » est venue seulement dans les années soixante et on a décidé d’acheminer les eaux usées directement dans le fleuve, une mauvaise nouvelle pour les pêcheurs à la loche à l’est du quai et les baigneurs à la « plage » du Castel.
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Le petit monde du chemin du Roy des années cinquante et soixante (1)

À Saint-Jean-Port-Joli, le chemin du Roy suit le tracé établi par les grands voyers au début du XVIIIe siècle ; il se prolonge dans la rue de l’Ermitage et la rue des Artisans. À l’époque, les maisons ont souvent précédé la route et cette dernière a suivi les maisons. En 1937, pour accommoder les véhicules automobiles, les autorités ont décidé de réduire les courbes dans le village et de sabrer dans cet aménagement bicentenaire en redressant la route 2, dite « route nationale » (aujourd’hui la 132), entre l’église et la croix de Tempérance (érigée en 1939). « Le chemin que l’on a tracé en 1937 a défiguré le coin, écrivait Gérard Ouellet dans Ma paroisse en 1946 (p. xi), mais on n’y peut rien ». Mais aurait-on pu faire autrement ? Sûrement. On a bien contourné et préservé le cœur du village à Beaumont, Saint-Michel, Saint-Vallier, Berthier, Cap-Saint-Ignace…

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Saint-Jean-Port-Joli vers 1905 (coll. privée)

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Saint-Jean-Port-Joli en 1947; à l’extrême-gauche, la boulangerie Caron (coll. BANQ).

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Je suis né le 23 octobre 1948, quatrième d’une famille de « babyboomers » typique, dans la maison qui porte aujourd’hui le numéro 11, chemin du Roy Est, soit dans la « basse-ville », comme le journaliste Louis Morneau désignait cette partie de sa paroisse natale dans L’Action catholique du 2 septembre 1945 : « [Le village de Saint-Jean-Port-Joli] présente ce détail topographique d’être, pour ainsi parler, coupé en deux par une côte raide et tournante (la côte de l’église), laquelle le divise en deux parties bien tranchées, qu’on pourrait appeler le bas-village et le haut-village… comme, à Québec, on dit la basse-ville et la haute-ville ».

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La « Basse-ville » vers 1945, avant l’ouverture des chemins l’hiver (coll. privée).

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Saint-Jean-Port-Joli vers 1950 (coll. privée).

La « partie haute », poursuivait-il, « est le quartier bourgeois, fashionable » et « sans contredit, la plus belle, la plus intéressante. […]. On n’y voit guère que des vergers magnifiques, des jardins splendides, des fouillis d’arbustes en fleurs, et surtout des arbres superbes — érables, châtaigniers, peupliers — qui voilent en partie, qui cachent même quasi complètement les résidences bourgeoises, dont plusieurs, fort anciennes — telle celle de M. le notaire Deschênes — sont d’un style noble et bien français. »
C’est effectivement en haut de la côte qu’on trouvait les « institutions » (église, presbytère, salle municipale, bureau de poste, bureau d’enregistrement, etc.), les professionnels (médecins, notaires, arpenteurs, etc.), le chic Castel des falaises, le réputé marchand général Lavallée.
Toujours selon Morneau, « la partie basse du village en est en quelque sorte, le quartier populaire : n’y résident guère que des gens laborieux, navigateurs et tâcherons, ainsi que des rentiers modestes ».

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Mes parents ont pris possession de cette propriété le 26 octobre 1947, après avoir vécu trois ans dans leur première maison (aujourd’hui le numéro 17), acquise en septembre 1944, et avoir précédemment passé un an à loyer dans ce qui est aujourd’hui le café Bonté divine (le numéro 2) après leur mariage en juillet 1943.
Le boulanger Benoît Caron a occupé cette maison quelques années (1944-1947) avant d’aller s’établir sur la rue du Quai. Son départ marquait la fin d’une série de boulangers sur cet emplacement, le précédent ayant été Alphonse Abel dont l’enseigne traînait encore dans la cave pendant mon enfance.

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La maison vers 1920, du temps de la boulangerie (coll. privée).

11 ch. du Roy, début '60Après rénovation, au début des années 1960 (coll. privée).

La boulangerie se trouvait dans une annexe érigée perpendiculairement au bâtiment principal, une maison québécoise typique au toit galbé recouvert de tôle à baguette. La déclivité du terrain faisait en sorte que le boulanger travaillait dans l’équivalent d’un rez-de-chaussée. Une fois les équipements enlevés, nous avons pu disposer d’un bel espace de jeu avec plancher de ciment. Notre cuisine se trouvait à l’étage. Cette annexe a été remplacée par une construction plus moderne en 1961 et le terrain a été mis au niveau avec la rue.
Si la boulangerie a disparu en arrière, une autre entreprise est entrée en avant en 1947. Mon père était « secrétaire gérant » de la Société coopérative agricole locale fondée en 1942 et, jusqu’à l’installation de ses bureaux « à la Station », le « siège social » était chez nous, « première porte à gauche » en entrant, dans ce qui était auparavant le salon. Le personnel de soutien était réduit au minimum : une secrétaire, la sœur de maman, qui a résidé chez nous jusqu’en 1958.
Devant la maison se trouvait un immense érable à Giguère qui servait de portail de jeu naturel. On y grimpait pour le plaisir et aussi, par défi, comme atteindre la lucarne et pénétrer dans ma chambre, et même traverser le toit pour redescendre par un balcon à l’arrière… Le fameux arbre a aussi servi de support pour un trapèze, un « câble de Tarzan » et quoi encore ! Le tout « avec pas de casque ».

11chduRoyE, v1948.réduiDenis, Germain et Annette  vers 1947 ; à l’arrière-plan, la maison du barbier Cloutier (coll. privée).

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Gaston (1950?). Devant la maison, le parterre était plus bas qu’aujourd’hui et clôturé; à l’arrière-plan, la maison du bedeau Chouinard (coll. privée).

À l’arrière de la maison, on pouvait jouer à la balle-molle (tant que les joueurs ne frappaient pas trop fort), entre la maison et la « grange », mais la majeure partie de l’espace était occupée par un jardin comprenant un potager, des framboisiers et quelques arbres fruitiers, plutôt bons pour le poêle à bois, mis à part celui qui produisait de délicieuses prunes « blanches », celles, disait-on, qui sont rouges, quand elles sont encore « vertes », et jaunes à maturité…
Quant à la grange, elle était à cheval sur deux époques. Utilisée pour l’automobile à un bout, elle avait encore des stalles pour les chevaux à l’autre, avec un carreau pour évacuer le crottin à l’arrière, ce qui avait donné un sol propre à la croissance de la rhubarbe dans le jardin.

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Notre voisin de gauche (numéro 9) était Gérard Fortin, un marin devenu sculpteur comme ses maîtres les Bourgault. Il avait sa boutique derrière la maison, dans un hangar qu’il avait haussé d’un étage. L’atelier proprement dit était bien éclairé à l’ouest; Gérard préparait son bois au rez-de-chaussée, plus sombre et poussiéreux. À quelques reprises, je lui ai demandé de couper du bois sur son banc de scie pour faire des flèches ou un cerf-volant.
Gérard sculptait diverses choses, dont des lampes, des bols à salade en forme de feuille d’érable et d’autres petits objets chéris des touristes. Son frère Laurent a travaillé là avant que Gérard n’aille installer un nouvel atelier à l’est du village. Son épouse, Aimée Chouinard, l’assistait dans la finition de certaines pièces, mais elle avait d’autres intérêts et donnait notamment des cours de piano aux filles du voisinage.
Les Fortin n’avaient pas d’enfants, mais ne vivaient pas seuls. Aimée s’est occupée de son père, l’ancien capitaine Euclide Chouinard, veuf depuis 1945 et mort en 1960 (dont elle a probablement hérité la maison) et de son oncle Edmond Robichaud (mort en 1959), un « vieux garçon » surnommé « le p’tit bossu » — à une époque où on ne s’enfargeait pas dans les handicaps ni les identités. Vivait là aussi Philomène Leclerc, « vieille fille » de son état, secrétaire de la fraternité du Tiers-Ordre et membre de plusieurs autres congrégations, « zélatrice [distributrice] de plusieurs annales », dont celles de la bonne sainte Anne, heurtée mortellement le 6 août 1955 par l’automobile d’un aviateur de l’Ontario…

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Vue aérienne vers 1950. De g. à d., première rangée (sur la route 132, la pharmacie Cloutier et le restaurant; sur la deuxième, de l’arrière, les maisons de P.  Pelletier, d’A. Deschênes, de G. Fortin, de G. Normand et de Z. Caron; sur la troisième, de l’autre côté du chemin, le toit de la maison d’A. Chouinard, les maisons du barbier Cloutier et de G. Ouellet; plus haut, une partie de la maison R. Legros et la maison d’A. Bois; au fond, la rue Verreault (coll. privée).

Entre la maison de Gérard Fortin et celle de Georges Normand (numéro 7), un étroit passage permettait de se rendre au restaurant Chez Lucien (aujourd’hui l’Espace Plastiques Gagnon), où se trouvaient l’arrêt d’autobus et, plus tard, une salle de billard, au garage Dionne (aujourd’hui la Société des alcools) ou au quai en passant par la cour des Normand qui joignait celle du restaurant et en évitant ainsi les détours par les voies officielles. En fait, « Ti-Georges », qui était « chauffeur de taxi », se rendait plus directement à la route nationale en empruntant ce raccourci, surtout quand il est devenu chauffeur d’autobus scolaires. Pour atteindre la même destination, nous coupions même souvent au plus court en passant entre la boutique et la maison de Gérard, la clôture entre lui et son voisin laissant un passage qu’il aurait pu facilement fermer ou nous interdire.

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Georges Normand et sa femme Joséphine Cloutier étaient tous deux originaires du Trois-Saumons. Ils habitaient l’ancienne maison du capitaine David Toussaint, décédé en 1943. Mariés en 1944, ils avaient quatre enfants qui ignoraient, comme nous, leur futur statut de « babyboomers ». La sœur de Georges, Lucie, est décédée dans la grande tragédie aérienne de l’Obiou en novembre 1950 ; sa femme était la sœur du bien connu « Ti-Blanc », propriétaire du restaurant La Coupe au lac Trois-Saumons.
C’est chez les Normand que je crois avoir vu la première fois un appareil de télévision, un après-midi, après l’école. Monsieur Normand était assis devant l’appareil, somnolant, en attendant un appel ou le début des émissions qui ne commençaient alors qu’en fin d’après-midi. À l’écran, « la mire », avec la tête de l’Indien et toutes ces lignes qui permettaient d’ajuster l’appareil. Pas très intéressante, la télé… Par la suite, je me souviens d’y être allé pour regarder Les Plouffe, le mercredi, à 8 h 30, mais pas question de regarder la lutte qui suivait à 9 h.

Horaire télé 1956

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Je n’ai pas grand souvenir des occupants de la maison suivante (numéro 5), chez « Zodique » (Zotique) Caron, sinon d’avoir vu un homme en fauteuil roulant sur le perron. Mes sœurs me rappellent que ce monsieur, Philippe Caron, était célibataire et vivait avec deux autres célibataires, ses sœurs Annette et Marguerite.
Le voisin à l’ouest était « Ti-Coq », né Philias Fournier, marié en premières noces avec Joséphine Legros (la première des 26 enfants d’Albert Legros…) et en deuxièmes noces avec Laura Gosselin. Le couple était sans enfants, lui. Annexée à leur maison, une petite boucherie exploitée par des Giasson, puis Thomas Morneau.
À cette époque, la route de l’Église (aujourd’hui la route 204) ne se rendait pas à la « route nationale ». Les piétons pouvaient cependant passer droit puisqu’il y avait un sentier, le « charcotte » (short cut), qui menait (lui aussi !) dans la cour arrière du restaurant Chez Lucien et, de là, à la route 2 (aujourd’hui la route 132). Les véhicules, eux, devaient tourner à droite, vers l’église, ou à gauche, vers la rue du Quai. (Une légende familiale veut que ma mère mettait les patates au feu quand elle entendait les pneus de l’auto paternelle crisser dans la courbe, en tournant à droite, la cuisson étant parfaite quand il revenait à la maison après être passé au bureau de poste…)
Boucherie Thomas MorneauLa boucherie dévastée en 1967 (coll. privée).
Mais, ça ne tournait pas toujours. C’est ce qui est arrivé en 1967, quand un camionneur manquant de freins a déversé son chargement de bois sur la boucherie, ce qui présageait la fin de la résidence de Ti-Coq et du « charcotte ». Quelques années plus tard, la 204 était prolongée : notre jardin était exproprié, notre « derrière » était exposé à la circulation, mais on gagnait une sortie rapide vers la 132.
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Le magasin général de Théophile Duval est devenu la maison funéraire De la Durantaye et Fils qui se trouve sur la partie ouest du chemin du Roy, mais il faut en dire un mot car il faisait partie de « notre monde ».
Bien placé sur le chemin des écoliers, l’établissement offrait une grande variété de friandises, des cigarettes « à la cenne », le matériel pour réparer les pneus de bicyclette et les pétards, qu’il était bien interdit d’apporter chez nous, qu’ils soient à mèche ou en rouleaux.
« Thophile » devait bien exister, mais je ne me rappelle pas l’avoir vu ; c’est son épouse, communément appelée « la mère Thoph’ » (ou sa fille Marie-Louise, qui hérita du magasin en 1957), qui officiait au comptoir sous lequel était cachée la « planche à punch » (punchboard). Il s’agissait d’une planchette percée de nombreuses alvéoles contenant chacune un petit papier enroulé qu’on poussait (« punchait ») avec un poinçon pour découvrir… qu’on ne gagnait jamais le pactole annoncé.
En face de « chez Thophile », la maison qui abrite aujourd’hui la Coureuse des grèves (300, route de l’Église) a vu passer plusieurs personnages notables, de mon temps, dont le taxi Salluste Deschênes, surnommé parfois « Bataille », à cause de son patois, et un « Ti-Louis », qui ne prenait pas toujours la peine de s’habiller complètement pour sortir…
De l’autre côté de la rue (dans une maison qui a aujourd’hui son adresse sur la route de l’Église) vivait la famille de Georges Morneau, ferblantier de père en fils, fort sollicité pour réparer les casseroles des « sucriers » et père de cinq filles, en partie « babyboomers » elles aussi.

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Thaddée Michaud, premier gérant général de la Commission des liqueurs

1921 marque le centenaire de la Société des alcools du Québec qui s’appelait à l’origine la Commission des liqueurs. Son premier « gérant général » était Jules-Thaddée Michaud, né à Saint-Jean-Port-Joli le 25 février 1878 du mariage d’Arsène Michaud, avocat et « régistrateur » du comté de L’Islet, et d’Emma Casgrain, fille de Charles Casgrain, ancien seigneur de Rivière-Ouelle.

???

D’après le recueil Biographies canadiennes-françaises de 1924, Thaddée Michaud a fait des études commerciales au collège Lamontagne de Montmagny puis des études classiques au collège de Lévis et au séminaire de Québec; il aurait ensuite débuté dans les affaires en novembre 1895 comme « comptable chez Buckley Drouin Limitée, chapeliers et fourreurs en gros ». On peut douter qu’il ait à la fois terminé des études classiques et commencé une carrière de comptable à 17 ans; il a probablement commencé comme préposé à la tenue de livres comptables ou quelque chose du genre.

Au moment de sa nomination à la Commission des liqueurs, en avril 1921, La Presse le décrivait comme un « expert en système de comptabilité », ancien employé de Tétreault Shoe Co. puis chez Alphonse Racine, marchands de « nouveautés » en gros, dont il a été trésorier. Le Canada le disait aussi « athlète de renom »; il avait été secrétaire-trésorier de l’Association athlétique d’amateurs nationale (fondée en 1894) et membre du club de crosse National ainsi que du club de football du même nom.
En 1900, Michaud épouse Fabiola Valiquette, fille adoptive de J.-O. Labrecque, marchand de charbon, qui lui donnera une nombreuse famille. En 1925, lorsqu’il témoigne dans une enquête parlementaire, on lui demande si les députés de l’opposition sont trop près de lui et l’importunent. « Je ne me suis jamais plaint, a-t-il répondu selon La Tribune du 2 avril 1925. J’ai eu 16 enfants, et je suis habitué à les prendre sur mes genoux! »

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Thaddée Michaud est demeuré gérant général de la Commission pendant une quinzaine d’années. Il résidait dans une maison cossue d’Outremont, au 3, avenue McCulloch. En 1927, il se fait construire à Saint-Jean-Port-Joli une résidence d’été de style palladien qui porte aujourd’hui le numéro 68, avenue de Gaspé Ouest. C’est la maison qui a été longtemps habitée par la famille d’Esdras Chamard, mort à 100 ans en 1984. La propriété comprenait un terrain de tennis (dont on devine l’emplacement à droite de la maison) que monsieur Chamard mettait gracieusement à la disposition des jeunes autrefois.
« Homme d’affaires et sportsman bien connu », Thaddée Michaud est mort à Montréal en mai 1945; ses funérailles ont été célébrées à Outremont le 8 et il a été inhumé dans le cimetière de sa paroisse natale le lendemain.
Il était le frère d’Élisa, auteure de Canadiennes d’hier (1942), et de Benjamin, premier sous-ministre de la Voirie.

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Les malheurs d’Alphonsine

Édité aux Éditions de la Huit, le journal de Jacques-Ferdinand Verret fourmille d’informations, d’anecdotes et de potins de toutes sortes. Fils du marchand général de Charlesbourg, Verret raconte, entre autres choses, les mauvais coups dont mon arrière-grand-mère, Alphonsine Delage (épouse de Napoléon Giasson) a été victime dans sa jeunesse. Les réseaux sociaux n’ont pas inventé la méchanceté…

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Née à Charlesbourg en 1859, Alphonsine Delage a vécu une grande peine d’amour en 1880. Alexandre Villeneuve voulait l’épouser, mais le futur beau-père s’est opposé au mariage, et le jeune homme a vite oublié la promise dans les bras d’une demoiselle L’Heureux qu’il épouse en mai 1882. Verret souhaite qu’Alphonsine oublie « ses amours d’enfance »; il doit lui en coûter beaucoup, poursuit-il, « de voir son ancien amant promener sa rivale en triomphe, sous les splendeurs de la couronne de mariée, comme il l’a fait en ce jour solennel de sa vie ».

Le mariage a lieu le mardi 4 mai 1881. Deux jours plus tard, Verret et des jeunes gens réunis au magasin apprennent qu’Alphonsine est gravement malade. Est-ce le spleen?

« Quoiqu’elle soit une vraie Canadienne, elle pourrait bien être sujette à une maladie qui n’est commune qu’aux Anglaises, et surtout dans une circonstance aussi triste pour elle que celle de mardi matin, elle pourrait fort bien en avoir été atteinte.

Je ne devrais plus badiner avec le malheur qui la frappe, mais que voulez-vous? Quand une personne est dans la peine, elle se voit frustrer [sic] des sympathies du public et c’est justement ce qui arrive dans le cas de Mlle Delage, que chacun se plaît à déchirer ».

On s’attendrait pourtant au contraire!

« Je ne sais pas, écrira Verret l’année suivante, ce que cette chère Alphonsine a fait de si étrange pour être aussi peu estimée des jeunes gens de cette paroisse. Sa famille peut y être pour quelque chose. L’année dernière, le 14 février [1881], elle reçut un valentin contenant les injures les plus grossières à l’adresse de chacun des membres de sa famille et à la sienne […]. Elle eut la faiblesse de croire qu’elle ferait bien de la montrer au curé Beaudry et à d’autres notabilités de cette paroisse. L’affaire s’ébruita et, pendant un mois, on parla beaucoup de ce valentin et les rieurs ne furent pas du côté d’Alphonsine. »

Selon Verret, la jeune femme n’est pourtant pas « douée [sic] d’un extérieur désagréable ».

« Au contraire, Alphonsine est une grande brune de vingt-trois ans, aux épaules et aux hanches bien dessinées, son visage est assez bien fait et, quoiqu’elle ne soit pas régulièrement belle, rien dans sa physionomie n’est difforme ou mal approprié.
Ses manières sont faciles, aisées et jamais embarrassées; sa démarche est haute et fière. »

Sympathique en apparence à la cause de la jeune femme, Verret ne manque cependant pas d’en remettre. En novembre 1881, il compose une chanson railleuse à son endroit, sur un air à la mode, et, avec la complicité d’un de ses contacts d’affaires, il projette de la faire poster de New York, à l’adresse d’Alphonsine, sous le pseudonyme « Valentinatus ». Et, pour bien assurer la diffusion de son œuvre, il envisage d’en envoyer copie à un ami de Charlesbourg, anonymement toujours, en prétendant même qu’elle a été éditée aux États-Unis! Finalement, la chanson n’ira pas plus loin que son journal.

Le 12 février 1882, on annonce le mariage d’Alphonsine avec Napoléon Giasson, cultivateur de Saint-Jean-Port-Joli. Comment les tourtereaux se sont-ils connus? Mystère. Les Delage sont bien ancrés à Charlesbourg; du côté maternel, la famille est de Portneuf. Napoléon est né à L’Islet en 1854 et sa famille s’est déplacée à Saint-Jean dans les années 1860. Toutes ses racines sont sur la Côte-du-Sud. Toutefois, le curé de L’Islet à cette époque, François-Xavier Delage, est le grand-oncle d’Alphonsine et pourrait constituer le lien avec Napoléon.

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La veille du mariage, Verret joue aux cartes avec des amis dont Alexandre Villeneuve et Zéphirin Dorion. À la fin de la soirée, ces deux derniers s’attardent et, une fois les portes et les fenêtres bien fermées, Dorion explique son plan : « comme Villeneuve et lui n’estiment guère la famille Delage, il a inventé un tour d’un nouveau genre »…

Les mariés et leurs invités l’apprendront le lendemain, jour de la Saint-Valentin, en se rendant à l’église :

« Tout annonçait un jour de deuil et les balises [du chemin] depuis la côte du roi jusqu’à l’église étaient ornées de banderoles de crêpe et de lisières de batiste noire; il y avait même deux étendards du plus beau noir suspendus au-dessus du chemin et rien n’était plus curieux que ce déploiement d’oriflammes […] »

Verret prédit qu’on ne reparlera probablement plus d’Alphonsine et « encore moins de M. Giasson ». Et non content d’avoir participé à ce dernier épisode de harcèlement, il ajoute en terminant, avec toute sa condescendance de petit-bourgeois charlesbourgeois : « D’après la rumeur, M. Giasson serait loin d’être un bel homme et de plus il ne serait pas riche ».

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Jacques-Ferdinand Verret, Mes souvenirs, édition établie présentée et annotée par Rémi Ferland, Sainte-Foy, les Éditions de la Huit, 2001, 2 vol.

La « croix gammée » de ma grand-mère

Aussi bien le dire avant qu’un « woke » survolté ne me dénonce à  Pénélope M.: ma grand-mère maternelle, Marie-Flore Giasson, portait un symbole offensant. En témoigne la photographie prise lors de son mariage avec Auguste Caron : elle porte au cou une broche en forme de « croix gammée ».

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« J’en conviens, je l’avoue », comme disait le fabuliste, mais c’était en 1910 et elle portait en fait un svastika (ou swastika), l’un des plus anciens symboles de l’humanité, utilisé sous différentes formes dans la majorité des civilisations du monde, les plus anciens ayant été identifiés en Ukraine vers 10 000 av. J.-C.

« Svastika » signifie « ce qui apporte la bonne fortune » ou « ce qui porte chance ». Il est « dextrogyre » (dextre, droite) lorsque les pattes de la croix tournent dans le sens des aiguilles d’une montre et « lévogyre » ou « sénestrogyre » (senestre, gauche) dans le cas contraire. En Inde, les deux modèles sont généralement vus comme « bénéfiques ». Le svastika lévogyre est parfois considéré comme un symbole de malchance.

Deux décennies plus tard, Adolf Hitler choisira le svastika comme symbole, le modèle dextrogyre, en plus, celui-là même que ma grand-mère portait sur sa « photo de noces ».

ParteiabzeichenGoldOn commence à annoncer des bijoux en forme de « swastika « dans les journaux en 1907.

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La maison Siefert & fils, « marchands de diamants », établie sur la rue de la Fabrique, à Québec, proclame dans Le Soleil du 9 novembre 1907 que «la croix la plus vieille » est devenue « la plus grande nouveauté » :

« Pour les anciens, les quatre bras de la Swastika représentent les quatre vents et elle est aussi un signe de bonne santé, de longue vie et de prospérité pour ceux qui la porte [sic].

Swasiika est un des plus beaux et des plus sages symboles, ayant été connue [sic] dès 1503 avant l’ère chrétienne.

Elle a été découverte en Europe, en Asie et en Afrique et par ceux qui habitaient dans des hutes [sic] en Amérique et est un objet de spéculation pour les écoliers.

Les Indiens regardent Swastika comme leur chance et prétendent qu’elle vient en connection [sic] avec leur dieu, qu’ils appellent Astika.

Les breloques Swastika se vendent bien. Nous les avons sous 4 format [sic] comme l’indique [sic] les vignettes ci-dessus en breloques, en épinglette et en broches à chapeau.

Les prix de celles en argent varient de 50 cents à 75 cents. »

Le Quebec Chronicle du 9 décembre 1907 soulignait à quel point les bijoux-talisman, comme le fer à cheval, le svastika indien et le scarabée égyptien, séduisaient alors les femmes.

Le seul péché de ma grand-mère était de suivre la mode, mais on n’a pas tous les jours 20 ans. Mariée en 1910, elle donne naissance à 15 enfants, dont des jumeaux morts au berceau et un garçon trisomique, né en 1936, alors qu’elle avait plus de 49 ans.

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Comme si ce n’était pas assez d’élever cette marmaille, pendant deux guerres mondiales et une crise économique, son mari meurt en 1938, la laissant avec une dizaine d’enfants encore à la maison sur une petite ferme du deuxième rang de Trois-Saumons, la dernière de la paroisse, à 8 km de l’église de Saint-Jean-Port-Joli. (Ce qui ne l’empêchera pas, plus tard, de prendre une orpheline « en élève »!)

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Avec des moyens plus que modestes, sur une ferme quasi autarcique, Marie-Flore Giasson vivait à l’ancienne. Elle élevait des moutons, cardait et filait la laine pour en faire notamment des bas avec une tricoteuse à manivelle que j’ai actionnée autrefois. Elle élevait des poules et des canards pour les œufs et la chair, mais aussi les plumes avec lesquelles elle faisait des oreillers (j’en utilise encore!). Elle avait même les outils de cordonnerie nécessaires pour faire des chaussures aux enfants. Et, à travers tout cela, elle cultivait aussi des rosiers dont les rejetons se retrouvent aujourd’hui chez plusieurs descendants.

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