Archives mensuelles : janvier 2012

Avons-nous besoin d’élites politiques ?

Dans le passé, les électeurs choisissaient des notables pour les représenter dans les parlements fédéral et provincial. Ces personnes – médecins, avocats, notaires, commerçants prospères – étaient considérées comme des élites chargées de guider le bon peuple, plupart des gens étant peu instruits, sinon analphabètes.
La politique n’attire plus autant les notables qui de nos jours sont des gens d’affaires plutôt que des membres des professions libérales. On doit donc se contenter d’élire des gens ordinaires qui, le plus souvent, aspirent à faire de la politique une carrière.
Il n’en reste pas moins que ceux qui sont élus et qui ont la chance de devenir ministres se voient investis d’une mission spéciale et se considèrent comme au dessus de la plèbe, d’autant plus que leur entourage, en plus de les isoler de leurs électeurs, les flattent et les adulent sans vergogne. On ne qualifie plus les ministres «d’honorables» et les premiers ministres de «très honorables», mais beaucoup de gens les perçoivent comme plus grands que nature.
Les gouvernements se voient confier par les électeurs un mandat dont la durée est habituellement de quatre ans et, comme je le souligne dans mon livre, le problème est que la démocratie élective établit une profonde séparation entre les gouvernants et les gouvernés : les élus ont le pouvoir d’agir à leur guise durant toute la durée de leur mandat. Les ministres et en particulier le premier ministre se perçoivent comme des élites chargées de diriger la société. Ils sont bien sûr imputables devant les électeurs, mais pas avant la prochaine élection.
De plus en plus de gens, cependant, n’acceptent pas cette conception de la politique selon laquelle un pouvoir sans droit de regard est donné aux gouvernants. La population, plus instruite et mieux informée, s’estime en mesure de décider elle-même de ce qui est préférable pour la société. La démocratie élective ne lui laisse cependant pas beaucoup d’emprise pour ce faire.
Le concept d’élite politique est dépassé. Peu de gens croient à présent que les dirigeants politiques ont plus de clairvoyance, de discernement, de lucidité, d’intelligence et de jugement que peut en avoir une opinion publique bien informée. C’est pourquoi nous somme mûrs pour la démocratie participative.

La fin du manège (Endgame)

Pour réaliser jusqu’à quel point les gouvernements des pays industrialisés se sont enlisés dans les déficits budgétaires et les dettes, créant ainsi un gouffre dont ils n’arrivent plus à s’extraire, il faut lire le livre Endgame : the End of the Debt Supercycle and How It Changes Everything (John Wiley & Sons, Hoboken, N.J., 2011) écrit par deux experts financiers, John Mauldin et Jonathan Tepper.
Les gouvernements ont profité d’une période au cours de laquelle le crédit était facile et les taux d’intérêts peu élevés pour s’endetter de façon scandaleuse et s’embourber dans une monstrueuse crise financière. On parle beaucoup de ces temps-ci des problèmes de la Grèce, de l’Italie, de l’Espagne, du Royaume-Uni et des États-Unis, mais le pire exemple mentionné dans Endgame est celui de la Lettonie, pays situé au centre des États baltes. Dès 2006, le gouvernement de ce pays s’est vu forcé d’imposer un programme d’austérité budgétaire sans précédent : réduction de près de 50% du salaire des enseignants, coupure de 20% du salaire des fonctionnaires et baisse de 70% de la valeur des régimes de retraite. Cette politique d’austérité a entrainé une effroyable contraction économique de 24% entre 2007 et 2009.
La situation du Québec n’est certes pas aussi préoccupante que celle de la Lettonie, mais les nuages s’accumulent à l’horizon. Selon une étude publiée en février 2010 par le ministère des Finances du Québec et effectuée en utilisant la méthode de calcul de l’OCDE, la dette publique des Québécois atteint 94% du produit intérieur brut (PIB). Le Québec se situe ainsi au 5e rang des pays les plus endettés dans le monde industrialisé. Il est, entre autres, plus endetté que la France (75,7% du PIB), le Portugal (75,2%) et les États-Unis (70%).
Un tel niveau de dette rend le Québec très vulnérable à une récession économique ou à une hausse des taux d’intérêt. Même en l’absence de ces deux menaces, le vieillissement de la population nous rattrapera tôt ou tard et fera exploser les dépenses en matière de santé et de prestations de retraite. Ce n’est qu’une question de temps avant que nous frappions un mur, tout comme la Lettonie et la Grèce.
La crise financière qui affecte actuellement les pays industrialisés est imputable à de mauvaises décisions des gouvernements. La raison de ces mauvaises décisions n’est pas l’ignorance, car les experts de ces gouvernements connaissent très bien les risques des déficits budgétaires persistants et d’un endettement excessif. L’explication se trouve dans l’incapacité des dirigeants élus d’adopter une vision à long terme et de prendre des décisions difficiles. L’impératif de se faire réélire les amène à opter pour les solutions les moins susceptibles de déplaire. Ce n’est que lorsqu’ils sont acculés à une crise qu’ils acceptent de redresser la situation. Mais toutes les solutions possibles sont alors aussi déchirantes et désastreuses les unes que les autres.
Aucune autre démonstration n’est nécessaire pour conclure que la démocratie élective est un mauvais système de gouvernement et que pour parvenir à une bonne gouvernance il est nécessaire d’opter pour une nouvelle forme de démocratie.

Le livre de Réjean Beaucage sur la SMCQ finaliste au Prix Opus

Le livre La Société de musique contemporaine du Québec écrit par Réjean Beaucage fait partie des trois finalistes des Prix Opus dans la catégorie Livre de l’année.
Créés en 1996, les prix Opus témoignent du dynamisme et de la diversité du milieu musical québécois. Ils soulignent l’excellence de la musique de concert au Québec, dans différents répertoires musicaux : médiéval, de la Renaissance, baroque, classique, romantique, moderne, actuel, contemporain, électroacoustique, jazz et musiques du monde. Par cet évènement, le Conseil québécois de la musique souhaite rendre hommage aux musiciens d’ici, mais aussi transmettre au public et aux mélomanes le goût de découvrir, d’écouter et de fréquenter la musique de concert.
Découvrez les noms des lauréats dès le 30 janvier 2012 en consultant le site Internet du Conseil québécois de la musique au www.cqm.qc.ca.
Les éditions du Septentrion souhaitent bonne chance à son auteur!

Les solutions de facilité

C’est un trait de la nature humaine que de rechercher les solutions les moins fastidieuses et les moins ardues. Ainsi, il est plus facile de regarder la télévision que de lire un livre, de manger du fast food plutôt que de préparer des repas équilibrés et de prendre sa voiture plutôt que de marcher pour de courts déplacements.
Dans le domaine politique, les gens ont tendance aussi à rechercher des solutions de facilité. Les réunions de l’Assemblée du peuple inventées par les Grecs anciens et les longs palabres auxquels s’adonnaient les Amérindiens rebuteraient maintenant la presque totalité des gens. La démocratie élective représente le triomphe de la facilité puisqu’elle n’appelle les citoyens à voter qu’une fois tous les trois ou quatre ans, les résultats étant valides même si seulement un petit pourcentage de gens exercent leur droit de vote.
Par contre, les gens ont la critique facile. Les reproches à l’égard des politiciens ne manquent pas. Certains trouvent là une excellente occasion de se défouler.
La démocratie participative est plus exigeante. Elle impose qu’un certain nombre de personnes s’intéressent activement à un domaine de politiques publiques, s’informent, échangent avec leurs concitoyens sur la base de fait avérés et recherchent des solutions aux problèmes. Certains prétendent qu’il est irréaliste d’imposer un pareil fardeau à des gens qui ont des obligations personnelles et professionnelles. S’ils ont raison et que seule une poignée de gens sont prêts à s’impliquer dans les Regroupements, il est évident que la démocratie participative ne pourra pas fonctionner.
J’estime à 10% la masse critique de participants dans une entité politique comme le Québec pour qu’un débat public puisse s’enclencher et permettre aux divers points de vue de se faire entendre. À partir de ce seuil critique, les délégués œuvrant dans les commissions de l’Assemblée nationale pourraient engager un véritable dialogue avec la population et s’assurer que les solutions mises de l’avant correspondent à l’intérêt général et bénéficient de l’appui d’une opinion publique informée.
Un dicton populaire affirme : «on a les gouvernements qu’on mérite». Si on laisse la politique entre les mains des bailleurs de fonds des partis et des groupes de pression, il ne faut pas se surprendre que l’intérêt général soit mal servi.
Je ne peux qu’espérer que les solutions de facilité ne constituent pas un critère primordial pour la réforme de nos institutions politiques.

La participation politique devrait-elle être rémunérée ?

À l’époque de Périclès, les citoyens d’Athènes recevaient une indemnité pour assister à l’Assemblée du peuple. Plus près de nous, James Fishkin, directeur du Centre de démocratie délibérative de l’Université Stanford, remet un cachet variant entre 100 et 300 dollars aux participants des sondages délibératifs organisés pour obtenir l’opinion éclairée d’une population ciblée.
Des jeunes de la Génération Y (nés entre 1980 et 1999) m’ont fait des commentaires à l’effet que, dans le cadre de la démocratie participative, il serait opportun que les individus qui acceptent de s’impliquer dans les Regroupements soient rémunérés pour leurs efforts. Selon eux, si la population compte sur quelques-uns pour contribuer à l’élaboration et à la mise en œuvre des politiques publiques, il n’est que juste qu’elle accepte de payer pour ces services.
Pour les gens de la Génération Silencieuse dont je fais partie, génération dont la réputation était de travailler dur et de n’être pas revendicative, l’idée de payer pour la participation politique est presque immorale. Pour eux, s’impliquer politiquement est un devoir de citoyen.
C’est un fait bien connu que la grande majorité des jeunes ne s’intéressent pas à la politique. S’ils insistent pour être payés lorsqu’ils s’impliquent dans les institutions politiques, il ne faudrait pas le leur refuser sur des bases idéologiques. Comme pour toute question importante, on devra tenir un débat public et s’en remettre à l’opinion de la majorité.
La Génération Y et celles qui suivront sont sans doute celles qui bénéficieront le plus de la démocratie participative. Ces jeunes générations ne partagent pas les valeurs, les attitudes et les comportements des gens plus âgés, mais lorsqu’ils constitueront la majorité de la population, il leur appartiendra de prendre les décisions collectives. Si les gens de ma génération vivent assez vieux pour en être témoins, ils risquent d’être surpris et peut-être choqués. Quoi qu’il en soit, ce sera le fruit de la démocratie.