La forêt des mal-aimés

Samedi soir, je suis allé voir le spectacle de Pierre Lapointe à Trois-Rivières. J’y allais par envie mais aussi pour faire plaisir à ma nièce qui m’avait proposé cette sortie en juillet dernier. Je me rendais à la salle J.Antonio-Thompson avec certaines appréhensions. Je craignais, entre autre, l’omniprésence de son personnage de fendant que je ne n’avais pas aimé du tout lorsque je l’avais vu il y a quatre ans. Je craignais aussi que son premier album soit éclipsé au profit du dernier qui ne m’a pas autant emballé. Bref, je n’allais pas voir le spectacle des spectacles. Et pourtant, c’est un peu ce que j’ai vu.
Sa profonde et dense forêt des mal-aimés m’a envouté pendant deux heures. C’est un spectacle d’une richesse incroyable, conceptuel sans trop l’être et assez roder pour permettre une certaine magie imprévisible entre ce qui se passe sur la scène et dans la salle. On se trompe! Pas grave. On reprend. Le matériel du premier album se marie extrêmement bien avec celui du deuxième. Tout ça finit par former un univers complet en lui-même. C’est simple, tout est bien dosé dans ce spectacle. Lapointe intervient juste assez. Son personnage fendant sait être drôle et sait se retirer au bon moment pour faire place au côté juvénile et charismatique du chanteur. D’une chanson à l’autre, on passe d’une certaine légèreté à une certaine gravité. Ça va et ça vient de cette façon du début à la fin. On est dans un autre espace-temps, hypnotisé et conquis par cet artiste unique en son genre.
L’aspect le plus réussi du spectacle est toute la partie musicale. Les quatre musiciens qui l’accompagnent sont vraiment impressionnants, en particulier Philippe Brault qui signe les arrangements. Il parvient à mettre chaque chanson en valeur pour en faire sortir toute la richesse et la puissance évocatrice des chansons de Lapointe. Il a parfaitement saisi l’univers du chanteur. À part quelques bizounages électroniques qui ajoutent une certaine étrangeté à l’enrobage musical, on a droit à de longs morceaux de violons, de contrebasse, d’accordéon, de guitares et de piano. Il n’y a rien comme d’entendre le son pur de vrais instruments. Avec la voix particulière de Pierre Lapointe, encore plus belle et plus solide sur scène que sur disque, on craque.
Entre les moments de pur plaisir jubilatoire, il m’a tiré des larmes à plusieurs reprises. Impossible de résister à Debout sur la tête , Tel un seul homme , Le lion imberbe , Vous et Maman dis-moi pourquoi . Je ne m’attendais pas à ça du tout. Il m’a eu d’aplomb.
Je ne dirai pas que Pierre Lapointe est au sommet de son art (il encore bien jeune), mais il fait preuve d’une maîtrise étonnante sur scène. Depuis deux jours, j’écoute ses deux disques en boucle pour préserver cette soirée mémorable. Sa forêt des mal-aimés n’est pas si mal finalement! Beaucoup plus touffue que je ne le croyais. Il fallait peut-être que je la traverse pour m’en rendre compte!

2 réflexions au sujet de « La forêt des mal-aimés »

  1. J’ai mon billet pour le 31 mars (jour de ma fête en plus!) J’ai très hâte d’y aller. De mon côté, je suis allée voir Vincent Vallières qui a lui aussi donné une performance solide avec une ambiance de party dans son salon.

  2. Ah Éric! Je suis tellement content que tu aies aimé ce spectacle. Je me disais qu’un happening serait propice à te faire apprécier à sa juste valeur son deuxième opus. Pour ma part, il a bercé toutes mes vacances insulaires de l’été dernier et ne cesse depuis de rythmer mes jours.

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